SOCIOCRIMINOLOGIE

École de criminologie

Université de Montréal

NOTES DU COURS

SOCIOCRIMINOLOGIE 1, CRI-1050— trimestre automne 2007

 

Professeur : Stéphane Leman-Langlois

site officiel du cours : www.crime-reg.com/socio

 

Cours 8 : la culture et l’action symbolique

Le langage et la communication comme objets sociologiques. La formation de la subjectivité individuelle. Le crime comme quête de sens.

□ À lire : 1) Clifford Shearing et Richard Ericson (1991), « Culture as Figurative Action », British Journal of Sociology, 42 (4), 481-506.



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1.      Clifford Shearing et Richard Ericson (1991) : la connaissance et l’expérience policière comme ensemble de métaphores

         a.      La culture, et la culture policière, ne sont pas un ensemble de règles. Il y a plusieurs raisons qui montrent que c’est impossible, dont :

                   i.       Les gens agissent en conformité sans qu’aucune règle ne soit identifiable dans leur esprit (ou dans leur cerveau, voir les structuralistes).

                   ii.      Les règles sont insuffisantes pour diriger l’action, elles ne sont qu’au mieux des balises (Ludwig Wittgenstein : tout le jeu du tennis se déroule dans les « trous » laissés par les règles). Exemple : arrestations ASM.

         b.      La recherche conventionnelle sur la police a toujours compris le problème de l’action et de la déviance policière en termes de conformité à des règles (règles écrites et règles « officieuses »). L’activité policière quotidienne serait une navigation entre des principes (lois, déontologie, règles administratives) et une sous-culture policière.

         c.      Voyons plutôt la culture comme une « boîte à outils » qui sert à mettre de l’ordre dans le social. Le problème de l’ethnométhodologie a été de se trop concentrer sur les méthodes elles-mêmes et pas assez sur les actions réellement entreprises par les individus (au point d’étudier la façon dont on allume l’éclairage en entrant dans une pièce). Il faut plutôt utiliser le savoir ethnométhodologique pour sa capacité de répondre à la question : « comment fait-on pour « continuer » d’un moment à l’autre »? Les ethnométhodes sont dirigées vers un BUT, il ne faut pas l’oublier.

         d.      Justement, un problème central de l’activité policière est de savoir quoi faire dans les situations ordinaires. S/E donnent l’exemple de l’agent et de la voiture qui passe. Il/elle peut la laisser passer, entrer l’immatriculation dans le système, la viser au radar, l’arrêter, etc. Comment décider?

         e.      La plupart des policiers savent, par ailleurs, que leur travail n’est pas basé sur un livre de règles. C’est l’expérience qui compte, disent-ils. Les chercheurs conventionnels on simplement supposé que les policiers disent ça parce qu’ils sont incapables de faire l’inventaire réel de toutes les règles qu’ils ont apprises — et qu’ils doivent donc se replier sur des anecdotes pour expliquer ce qu’ils font.

         f.       Au courant qu’en ethnométhodologie, le narratif est très important, S/E ont décidé d’analyser ces anecdotes d’un peu plus près. Pour eux, la logique « poétique » des anecdotes est précisément ce qui enseigne quoi faire aux policiers, ce qui organise et ordonne leurs actions. Les anecdotes font deux choses :

                   i.       Construisent un « vocabulaire des précédents » : ils comprennent le monde qui les entoure en fonction des désordres et crimes qui y sont possibles

                   ii.      Construisent une subjectivité appropriée à ce monde.

                   iii.     Donc, une façon de voir et une façon d’être.

         g.      Être un policier c’est donc adopter une attitude spécifique. Ceci permet de faire face aux situations ordinaires et aux situations nouvelles, puisque ce n’est pas fondé sur des règles fixes, des recettes ou des connaissances fondées sur des cas antérieurs, mais bien sur une façon d’aborder la réalité en tant que policier. Un policier d’expérience dit a un nouveau, « fais toujours comme si tu étais en vacances ». Par là, il veut dire qu’il faut être ouvert, calme et sûr de soi.

         h.      Comment les anecdotes fonctionnent-elles :

                   i.       En offrant des images qui permettent de comprendre l’application d’une attitude; par exemple, un agent dit que l’usage de la force doit être comme « un saut de 5 pieds au-dessus d’un ruisseau de 4 pieds ».

                   ii.      En offrant une bibliothèque de « trucs » (par exemple, dans le texte, les trucs pour désamorcer une situation violente) qui sont plus que des recettes — on n’explique pas quoi faire, mais bien comment un bon policier est créatif et réussit à tourner la situation à son avantage.

                   iii.     En laissant des « trous » ou des « silences » pour permettre l’interprétation par celui qui écoute. Les endroits laissés à l’imagination sont là pour inviter, ou « recruter » celui qui écoute; il ne peut pas rester passif, il doit embarquer et se voir comme partie de l’anecdote.