SOCIOCRIMINOLOGIE |
École de criminologie Université de Montréal |
NOTES DU COURS SOCIOCRIMINOLOGIE 1, CRI-1050
Professeur : Stéphane Leman-Langlois site officiel du cours : www.crime-reg.com/socio |
|
| Cours 1 : crime, déviance et société
Présentation du cours. Le crime et la criminalité. La notion de loi et la notion de règle. Qu'est-ce qu'une théorie? Le général et l'exceptionnel. Le libre arbitre : qu'est-ce que la volonté en sciences sociales? Comment différencier le normatif de l'empirique. La microsociologie et la macrosociologie.
□ À lire : Laurent Mucchielli (1999), « La déviance : normes, transgression et stigmatisation », Sciences Humaines, (99), 20-25, http://laurent.mucchielli.free.fr/deviance.htm.
|
|
1) Crime et criminalité
a)
Par convention criminologique, on parle de « crime » quand on vise l'agir individuel d'une personne, et de « criminalité » quand on vise des ensembles d'infractions (délimités géographiquement, historiquement, légalement, etc.).
b)
La « microcriminologie » s'intéresse au crime — c'est- -dire la compréhension de l'agir criminel; d'un point de vue sociologique, il s'agira de se pencher sur des mod les qui font appel des facteurs liés la vie en groupe.
c)
La « macrocriminologie » s'intéresse la criminalité — c'est- -dire la compréhension (généralement sociologique) des grands mouvement sociaux liés au phénom ne collectif de la criminalité.
d)
Cela dit, il est fondamental de retenir que la catégorie « crime » n'est pas, la base, construite sociologiquement mais bien légalement. Discussion : qu'est-ce qu'un crime? Crime et déviance, lois et r gles. Strictement parlant, le crime est une contravention au droit criminel. En sociologie on préf re souvent parler de déviance, surtout parce que l'élaboration du droit criminel lui-m me est un sujet d'étude : ce n'est pas une catégorie sociologique. Au contraire, en tant que simple écart à la conformité la déviance est purement sociologique.
e)
DONC : pour bien comprendre la déviance il faut aussi comprendre la conformité et la façon dont elle est produite et protégée.
2)
Qu'est-ce qu'une théorie scientifique?
L'être humain est un animal théoricien : nous devons comprendre le monde qui nous entoure afin de pouvoir agir sur lui; pour ce faire, nous élaborons sans cesse des « théories » à partir de nos observations. Nous nous efforçons sans cesse de rendre le monde prévisible.
a)
Au sens scientifique, une théorie est un arrangement des faits qui permet d'en tirer un sens au niveau scientifique, c'est- -dire d'exprimer une causalité explicative. Alternativement, on peut considérer comme une théorie un narratif qui permet de mieux comprendre la réalité observée.
b)
une théorie n'est pas la vérité : elle reste toujours sujette révision
c)
une théorie n'est pas une élucubration : elle doit coller aux faits, ne pas tre sélective.
d)
une théorie doit tre économe de toute hypoth se ad hoc et de présupposés non analysés, non supportés et extérieurs la structure explicative (c'est ce qu'on appelle le rasoir d'Occam).
e)
une théorie n'est pas personnelle ou locale : dans son cadre de référence, elle doit tre vraie pour tout le monde.
Corollaire :
f)
un fait est un élément identifié et tiré de la réalité observable ou « empirique »; il ne peut donc exister sans une théorie préalable nécessaire son identification.
3)
Objectivité scientifique
a)
discussion : peut-on viser l'objectivité scientifique en sciences sociales?
i)
Faire la différence entre « objectivité » dans différents contextes : journalisme, sciences exactes, histoire, sciences sociales, etc.
b)
empirique v. normatif = observable, réel v. désirable, « bien » ou « juste ».
4)
Le libre arbitre
a)
discussion : qu'est-ce que le libre arbitre?
b)
Liberté de choix et contexte social : l'impression de choisir librement n'est pas un indice de sa réalité factuelle. « Choisir » n'est qu'une façon de se représenter notre individualité dans notre contexte social; c'est un outil intellectuel, culturellement donné, qui nous permet de saisir notre place et notre identité dans notre contexte.
c)
Doit-on en déduire que toutes nos actions sont déterminées par des facteurs extérieurs, sur lesquels nous n'avons aucun pouvoir? Non. En fait il est beaucoup plus fertile de laisser tomber enti rement la dichotomie (ou le continuum) liberté/déterminisme. La façon d'y arriver est un des sujets principaux de ce cours.
5)
Rationalité universelle v. « limitée »
a)
Rationalité aristotélicienne ou scientifique : universelle. Exemple : théorie de la gravitation.
b)
Rationalité économique ou bureaucratique : « règle du 100$ » = efficacité
c)
Rationalité limitée : l'action est réfléchie, ce qui la sépare du comportement. Par contre, elle est réfléchie partir d'une perception culturellement donnée de la réalité, de nos capacités et des conséquences prévisibles de nos actions.
d) Principe de rationalité : selon le philosophe Carl Popper, on doit accepter comme axiomatique (indiscutable et ne nécessitant pas de preuve) que l' tre humain porte des gestes réfléchis. Ceci laisse enti re, toutefois, la question de savoir pourquoi et comment cette réflexion a eu lieu et pourquoi elle a pris cette forme. C'est ce que la sociologie, entre autres, tente de découvrir : comment décidons-nous quoi faire? |
|