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L’usage de la force

De nombreux auteurs ont souligné les inconvénients et difficultés que doivent surmonter les femmes exerçant le métier de policière. Cependant, ils mentionnent également que les policières apportent beaucoup aux organisations et que leurs rôles et places devraient être reconsidérés.

Jobard (2007) présente le fait que les policières « tirent moins fréquemment que leurs collègues masculins » (Cusson, Dupont et Lemieux, 2007 : 533). La létalité est donc moins élevé chez les policières bien qu’elles semblent être moins souvent assignées à des situations présentant des risques importants. Certains auteurs ont discuté de ce fait avec l’aide de différents facteurs.

La première raison pour laquelle les femmes sont appréciées dans le milieu policier est le pouvoir qu’elles ont de désamorcer les épisodes violents et leur rare recours à la force. La communication est un outil essentiel chez elles et elles utiliseront la force en dernier recours. Elles sont donc moins agressives et gèrent plus facilement les confrontations violentes que les hommes (Brown, 1997). Une revue de littérature créée par LeBeuf (1996) présente d’ailleurs que les femmes réussissent à faire diminuer le potentiel de violence dans de nombreuses situations.

Les études sont toutefois contradictoires. Certains auteurs affirment que les policiers ont recours à la force 1,5 fois plus souvent que les policières dans les affrontements police-citoyen en contrôlant les autres facteurs relatifs à l’utilisation de la force alors que d’autres ne soutiennent pas cette thèse (Schuck et Rabe-Hemp, 2005).

Paoline et Terrill (2004) ont démontré que les policiers en général font plus souvent usage de la coercition verbale que physique dans des affrontements avec des citoyens. Toutefois, les officiers masculins ont davantage tendance à utiliser de niveaux de force plus élevés dans le cas de suspects de sexe masculin que les femmes. Bref, les femmes feraient preuve de plus de conservatisme de peur de se retrouver dans une situation violente physiquement de laquelle elles ne peuvent s’extirper seules (Martin, 1980). Bazley, Lersch et Mieczkowski (2007) abondent dans le même sens alors que leur étude montre que les policiers sont significativement plus souvent impliqués dans des situations employant le recours à la force que leurs partenaires féminines.

Les femmes seraient toutefois portées à utiliser un niveau de force inférieur sur le continuum de force dans leurs affrontements. Ce fait s’observe particulièrement dans les interventions en dyade. En effet, les duos formés de deux femmes rapportent un niveau inférieur de force et sont moins enclins à utiliser la force physique que les duos homme-homme (Schuck et Rabe-Hemp, 2005). De plus, les interventions avec un duo homme-femme où la femme joue un rôle plus important, en procédant à l’arrestation du suspect, par exemple, étaient moins associées à la force que les interventions où le policier procède à l’arrestation. Les auteurs croient par ailleurs que les policières se trouvant dans des duos mixtes utiliseront davantage la force que les duos de même sexe femme-femme. LeBeuf (1996) présente cependant le contraire. En effet, il soutient que le fait de réunir un homme et une femme lors de patrouilles quotidiennes fait diminuer le potentiel d’agressivité chez les femmes autant dans ses actions que dans son comportement. Par ailleurs, il mentionne que deux femmes travaillant ensemble poussent à une augmentation de l’agressivité, et donc d’un recours potentiel à la force.        

En général, les femmes policières sont donc un atout pour les organisations puisqu’elles semblent humaniser l’approche service client. Bien qu’elles soient encore minoritaires, et particulièrement aux États-Unis et en Grande-Bretagne, les femmes continuent de prendre leur place sans laisser de côté toutes les caractéristiques qui font d’elles des intervenants différents avec des avantages et des inconvénients. En espérant que bientôt, des programmes d’accès à l’égalité comme on peut le voir au Service de Police de la Ville de Montréal seront implantés dans différentes villes à travers le monde afin d’augmenter les effectifs féminins et cela pour tous les grades à l’intérieur de l’organisation. Comme le dit Margaret Damer Dawson, Directrice du Women’s Police Service :

« Yes, it is a difference of temperament, of character, of physique, and of everything. It would do away with all those invidious distinctions between the men and the women if the two forces were absolutely separate...the women police are a sort of force apart... It is much more subtle work than ordinary male police work – the carrying out of the laws relating to bastardy, affiliation orders, the Licensing acts and so on. The men recognise it at once, and are kee to hand over to the women work which they have never cared for... the women are paid differently, taught differently, and organised differently, and I think they do different work.» (Silvestri, 2003: 104)

Les femmes seront-elles un jour considérées comme étant différentes des hommes tout en étant utiles, performantes et professionnelles?

 
 
CRI 6226 ÉCOLE DE CRIMINOLOGIE
UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL