plan du cours lectures travaux

Orientation sexuelle: mythes et rÉalitÉs

« But I still would ride the elevator, and, for instance this happened a couple of months ago : Some guy shook my hand, he grabbed a hold of it…held my hand for a good 5 seconds or so, and the elevator closed and a couple of people said, “You know, what it means if they hold your hand for more than 3 seconds.” This is where I have to step up. I said, “I do not appreciate that kind of talk. It’s time that you keep your own thoughts to yourself.” » personal communication, May 30, 2001, and January 11, 2002 (Belkin et McNichol, 2002: 76)

Les femmes occupant des postes traditionnellement masculins (policier, pompier, militaire, mécanicien, etc.) sont souvent la cible de préjugés et de propos homophobes. Plusieurs individus pensent que les femmes pratiquant un métier d’« homme » sont masculines et donc homosexuelles. Mais quand est-il vraiment?

La réalité

Selon un sondage, 9,8 % des femmes policières aux États-Unis se sont déclarées homosexuelles ou bisexuelles (Seklecki et Paynich, 2007). Ce chiffre vient indiquer que le pourcentage de femmes homosexuelles/bisexuelles dans les forces de l’ordre est plus élevé que la représentation réelle de ces femmes à l’échelle nationale dans la population en général.

Dans une étude de Miller, Forest et Jurik (2003), toutes les policières de l’échantillon affirmaient avoir déclaré leur orientation sexuelle aux autres agents gais ou lesbiennes. Toutefois, elles étaient beaucoup plus secrètes à propos de leur préférence envers les agents et agentes hétérosexuels. Deux agentes lesbiennes mentionnaient parler ouvertement de leur homosexualité à tous les policiers depuis le début de leur carrière, soit depuis l’école de police. Trois policières ont indiqué que leur orientation était connue de quelques personnes depuis deux ou trois ans. Ces dernières étaient d’ailleurs les policières ayant le plus d’années de service et étant restées dans le placard pour la majorité de leur carrière. Enfin, deux autres policières n’avaient pas déclaré leur homosexualité, mais croyaient que leurs collègues avaient des soupçons quant à leur orientation et les deux dernières policières étaient sorties du placard seulement envers leurs partenaires de patrouille respectifs. Il est également intéressant de spécifier qu’une des deux policières croyant que ses collègues entretenaient quelques soupçons était prête à déclarer son orientation sexuelle, mais ne le faisait pas, en raison de sa compagne qui elle était dans le placard.

Ces statistiques sont très intéressantes et peuvent être analysées selon différents points de vue. Tout d’abord, bien que les femmes gaies soient plus largement présentes dans le milieu policier, elles ne s’acceptent pas nécessairement mieux et ne sont pas nécessairement mieux perçues. Elles hésitent ainsi souvent à dévoiler leur orientation sexuelle et sont victimes de propos homophobes. Miller, Forest et Jurik (2003) rappellent d’ailleurs que les homosexuels sont le groupe social le moins aimé de la police. Toutes les policières homosexuelles de leur échantillon affirmaient avoir été la cible de pamphlets antigais et de graffiti sur leurs cases de vestiaire ou encore sur les babillards du poste de police, qu’elles aient déclaré ou non leur orientation comme quoi les collègues ont des doutes. Certains policiers vont même jusqu’à penser que deux policières travaillant ensemble sur la patrouille sont, de facto, gaies.

Les agentes lesbiennes vivent donc ce que les minorités visibles vivent habituellement dans des organisations et au travail. Elles sont la cible des regards et leurs gestes et paroles sont constamment suivis à la loupe. L’exclusion par le groupe majoritaire, soit les hétérosexuels, est souvent effectuée de sorte que les policières gaies se rappellent de leur différence et des stéréotypes qui leur sont accolés. Il n’est donc pas nécessaire d’ajouter que cette victimisation et exclusion viennent ajouter au stress vécu par les policières en général dans l’exercice de leurs fonctions.

Ainsi, de nombreuses policières gaies craignent d’être abusées physiquement ou de ne pas obtenir d’aide lors d’une intervention nécessitant de l’assistance (back-up) (Wells et Alt, 2005). Par conséquent, nombreuses sont celles qui décident de mener une double vie. Elles marient donc un membre du sexe opposé ou se créent une relation fictive avec un homme afin d’obtenir de la protection (Miller, Forest et Jurik, 2003). Certaines vont même jusqu’à créer une relation fictive avec un officier masculin lui-même homosexuel et ne voulant pas s’afficher. Le stress qu’amène cette double vie est plutôt élevé dans un emploi déjà très anxiogène. 

 

« If police officers think they’ve discovered a secret someone is trying to hide, they can be very cruel – they perceive it as a weakness if you’re trying to hide it » Michelle (Miller, Forest et Jurik, 2003 : 374).

 

Les policières « dans le placard » sont toutes d’avis qu’il est très difficile de cacher leurs relations et une part de leur identité. Elles craignent de perdre le respect et le support opérationnel au dévoilement de leur homosexualité particulièrement lorsque leurs collègues se sentent trahis par les mensonges de leur partenaire (Wells et Alt, 2005). Certaines peuvent même aller jusqu’à démissionner ou changer de corps de police afin de se recréer une vie ailleurs.

Cependant, certaines policières ouvertement homosexuelles considèrent ne pas s’attirer les foudres de leurs collègues, bien qu’elles soient plutôt rares.

« My [male police] partners love the fact that I’m gay. They can now talk about their girlfriends with you. They think women are women and gay women are cops. » - Paget Mitchell, San Francisco Police Department (Wells et Alt, 2005: 63)

Par ailleurs, lorsqu’on leur pose la question, autant les policiers gais que lesbiennes croient que leurs opportunités d’avoir accès à une promotion est égale ou même voir meilleure que les agents hétérosexuels (Miller, Forest, Jurik, 2003). En effet, bien que les homosexuels restent le groupe social le moins aimé de la police, le climat politique actuel privilégie la diversité de la force policière, soit les minorités visibles en grande partie. Il en est donc de même avec les agents homosexuels.

Toutefois, une question se pose. Si le fait d’être homosexuel mène plus rapidement à une promotion, n’est-ce pas un retour en arrière puisque les promotions sont habituellement attribuées selon la performance? Bref, les policières gaies ne seraient pas sélectionnées parce qu’elles sont performantes et efficaces dans l’exécution de leurs tâches. Des résultats inférieurs à un test dans le cas des minorités visibles pourraient donc quand même mener à une promotion.

Enfin, la marche est encore très haute à franchir pour l’acceptation complète des femmes homosexuelles dans les forces policières. Cependant, quelques-unes d’entres elles affirment qu’il est plus facile d’être acceptée comme policière lesbienne que comme policier gai.

« The guys already assume you’re gay if you are a woman who wants to be a police officer, so you should just focus on being the best officer you can be » Rosa (Miller, Forest et Jurik, 2003: ) Suite

 
 
CRI 6226 ÉCOLE DE CRIMINOLOGIE
UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL