Leadership et rÔles
C’est en 1910 que nous avons pu observer la première policière en sol américain. Alice S. Wells fut la première femme engagée par le Los Angeles Police Department ayant le pouvoir d’arrestation (Martin, 1980). Son militantisme permit à plusieurs femmes d’intégrer les rangs des forces de l’ordre dans vingt-cinq villes des États-Unis dès 1915. En 1918, 220 villes et cantons comptaient des policières et des matrons (ces femmes avaient été employées comme constables avec des pouvoirs limités afin de surveiller des détenues et s’occuper de situations relatives aux femmes et aux enfants).
Les femmes intégrèrent par la suite lentement, mais sûrement, les forces policières. Ainsi, en 1978, aux États-Unis, nous dénombrons 9000 policières (LeBeuf, 1996). Toutefois, les résistances qu’elles rencontrent à leur intégration font en sorte que l’accès aux ressources et aux promotions est rare. En effet, une infime minorité de policières occupe un grade supérieur à celui de constable en 1989.
Une étude de Martin (1990) s’est intéressée à la situation des femmes policières dans les années 80. Elle en présente les résultats dans son livre On the move : The status of women in policing. De nombreuses différences relatives à la présence des femmes selon la taille des villes américaines sont notées. Elle remarqua qu’en 1986, plus la population d’une ville est importante, plus le pourcentage de femmes policières augmente, qu’elles soient caucasiennes ou minoritaires. Pour les villes de plus d’un million de résidents, on comptait 10,4 % (5,7 % de policières caucasiennes et 4,7 % provenant des minorités visibles) de femmes alors que pour les villes entre 50 000 et 100 000 habitants le pourcentage chutait à 4,9 % (4,0 % pour les policières caucasiennes et 0,9 % provenant des minorités visibles). Ainsi, indépendamment de la taille des villes, les femmes composaient les services de police municipaux à 8,8 %, soit 5,3 % de policières caucasiennes et 3,5 % de policières provenant des minorités visibles (Martin, 1990).
Bref, en 2001, les femmes représentaient 12,7 % du personnel des agences comptant plus de cent employés, toute position confondue alors qu’elles composaient à 8,1 % les agences plus petites et rurales aux États-Unis (Lonsway, Carrington, Aguirre, Wood, Moore, Harrington, Smeal et Spillar, 2001). Les femmes provenant des minorités visibles atteignaient 4,8 % pour les agences de plus de cent employés alors qu’elles comptaient pour 1,2 % dans les agences plus petites et rurales. Il est intéressant d’observer que depuis l’étude de Martin (1990), les femmes n’ont augmenté que de 2,3 % dans la proportion des employés des services de police. À noter que pour le Service de Police de la Ville de Montréal, on comptait 33,1 % de femmes en 2006 selon leur Bilan du Programme d’accès à l’égalité (SPVM, 2006). On espérait augmenter leur proportion à 43 %, soit leur taux de disponibilité estimé des femmes policières. Les statistiques sont encore plus significatives et intéressantes lorsque l’on s’attarde aux rangs et fonctions qu’occupent les femmes dans les agences.
Fonctions et grades des policières
De nombreuses recherches se sont intéressé à l’évolution des femmes au sein des forces de l’ordre. Leur proportion augmentant au rang de constables patrouilleurs, en est-il de même pour les grades d’officiers?
Selon les études, les chiffres varient. Dick et Metcalfe (2007) se sont d’abord intéressés au progrès des femmes selon leur grade de 1999 à 2005. Leur analyse proposait que les femmes avaient un taux de succès moins important aux promotions que les hommes et que ce fait ne pouvait être attribuable à leur manque d’expérience. Voici les statistiques qu’ils ont obtenues pour l’ensemble des États-Unis.
Tableau 1. Présence des femmes selon leur grade au sein des agences de police
aux États-Unis de 1999 à 2005
Grade |
1999 |
2001 |
2003 |
2005 |
Constable (%) |
19 |
20 |
21 |
24 |
Sergent (%) |
8 |
10 |
11 |
13 |
Inspecteur (%) |
6 |
8 |
9 |
11 |
Chef et plus (%) |
6 |
8 |
9 |
11 |
Total |
16 %
(19885) |
17 %
(21800) |
19 %
(25390) |
21 %
(30162) |
Source : adaptation de Dick et Metcalfe (2007)
À cet effet, nous remarquons que bien que la proportion de femmes a augmenté aux États-Unis au sein des agences de police, les policières restent minoritaires. Lonsway et coll. (2001) ont par ailleurs mesuré que 55,9 % des agences de plus de 100 employés aux États-Unis ne rapportaient aucune femme dans les positions de commandement et qu’une vaste majorité (87,9 %) ne rapportait aucune femme de couleur dans ces positions.
Brown (1998) a pu noter les mêmes résultats dans une étude menée en Angleterre et au Pays de Galles en ce qui concerne les officiers et superviseures de sexe féminin. Les femmes représentaient 13,7 % des constables, 3,7 % des sergents et 3,0 % des inspecteurs. Notons que ces proportions sont de loin inférieures à ce que l’on peut observer aux États-Unis. Par ailleurs, elle mentionne que les femmes restent sous-représentées dans les départements de la sécurité routière et dans les unités opérationnelles spécialisées et surreprésentées dans les relations communautaires et le département de formation/entraînement.
La situation de Montréal, à cet égard, est bien différente. La présence des femmes est importante au sein du service de police de la métropole. C’est en 1991 que le SPVM (alors SPCUM) a implanté volontairement son Programme d’accès à l’égalité pour le personnel policier. Ce programme a comme objectif et mission d’assurer une représentation équitable de sa population en permettant la progression de la présence des femmes, des membres des minorités ethniques et visibles. Par ailleurs, la Loi de l’accès à l’égalité en emploi, entrée en vigueur le 1er avril 2001 au Québec, vise « à corriger au sein des organismes publics, la situation des personnes faisant partie de certains groupes victimes de discrimination en emploi à cause de tout un ensemble de pratiques et de règles qui compromettent le droit à l’égalité » (SPVM, 2006 : 3). Ces deux mesures viennent pousser à l’augmentation des effectifs féminins au sein des rangs du SPVM. Chaque année, le SPVM se donne donc des objectifs à atteindre en terme de nombre de policières à engager et en publie les résultats dans un rapport. Voici les résultats de leur présence selon leur grade en 2004-2005 et en 2006.
Tableau 2. Présence des femmes selon leur grade au sein du SPVM en 2004-2005 et en 2006
Grade |
2004-2005 |
2006 |
Agent permanent |
32,20 %
(951) |
33,10 %
(1036) |
Sergent |
11,64 %
(51) |
12,11 %
(55) |
Sergent-détective |
23,71 %
(129) |
25,27 %
(139) |
Lieutenant |
11,54 %
(6) |
12,24 %
(6) |
Lieutenant-détective |
7,70 %
(5) |
9,38 %
(6) |
Commandant |
8,99 %
(8) |
12,09 %
(11) |
Inspecteur |
0 %
(0) |
6,66 %
(1) |
Inspecteur-chef |
7,14 %
(1) |
7,14 %
(1) |
Assistant-directeur et directeur adjoint |
0 %
(0) |
0 %
(0) |
Tous grades d’officiers confondus |
16,34 %
(200) |
17,5 %
(219) |
Tous grades confondus |
27,56 %
(1151) |
28,6 %
(1255) |
Source : adaptation de SPVM (2005) et SPVM (2006)
Selon ces statistiques, la proportion de femmes constituant le personnel du SPVM est de loin supérieure à celles observées aux États-Unis et en Grande-Bretagne. Par ailleurs, il est important d’ajouter que leur nombre est grandissant d’année en année.
Policewomen vs policewomen
Susan Ehrlich Martin (1980) s’est intéressée particulièrement aux femmes policières et à leurs comportements dans les organisations où elles évoluent. Selon elle, chaque policière se situe sur un continuum variant de la policewomen à la policewomen. Elle doit donc choisir entre la défiminisation et la déprofessionnalisation jusqu’à un certain degré afin d’exercer son métier.
La policewomen est caractérisée par la défiminisation. Elle est celle qui adhère fortement aux normes policières dominantes en vigueur et se fait un point d’ordre de trouver des stratégies adéquates afin de maximiser son efficacité jusqu’à surpasser les normes de production.
« My partner and I were shot at and I ran the car through a chain link fence to catch the guy. I jumped on the man and smashed him with my fists. I don’t like people shooting at the police. » (Martin, 1980 : 187)
Ces femmes tentent donc d’atteindre l’idéal du policier de sexe masculin. Elles vont même jusqu’à minimiser la discrimination faite à leur égard et mettre la faute sur les femmes elles-mêmes qui ne font pas d’effort ou se plaignent. Par ailleurs, elles sont très ambitieuses et visent le prestige et le pouvoir en atteignant des postes de supervision ou d’enquête tout en se sentant très à l’aise en patrouille, la rue étant un bon endroit pour l’expression de leurs tendances masculines.
Les policewomen quant à elles, refusent de perdre leur féminité; elles font davantage face à une déprofessionnalisation. Elles sont celles qui privilégient le travail sociocommunautaire et la perspective du service à la clientèle. Contrairement aux policewomen, elles refusent de fournir des efforts supplémentaires dans l’exécution de leurs tâches et n’aiment pas la patrouille, la réponse aux appels étant fréquemment reliée à des interventions d’urgence et utilisant la force, ne répondant pas à l’approche service client qu’elles préfèrent. Enfin, elles accordent une très grande importance à leur féminité et n’hésitent pas à protester contre toute forme de discrimination et d’harcèlement.
Il est donc possible de remarquer que les femmes policières oscillent entre le désir de plaire et de réussir à tout prix et le désir de s’affirmer en tant que femme. Cependant, une caractéristique majeure vient souvent modéliser ces façons de penser et il s’agit de la perception que les policiers ont des femmes et la discrimination qu’ils exercent à leur endroit. Suite |