1. Historique
a. Certains affirment que la police communautaire prend sa source
dans les principes élaborés par Rowan et Mayne, les deux premiers
directeurs de la nouvelle police de Peel, surtout :
i. prévenir le crime et les désordres plutôt que les réprimer
ii. gagner et conserver le respect du public
iii. s’assurer de la coopération du public pour faire respecter les
lois
iv. viser la coopération du public plutôt que la coercition
v. la police est le public et le public est la police
vi. le critère d’efficacité de la police est l’absence de crime et non
l’action policière (arrestations, résolutions, etc.)
b. En fait les raisons de l’adoption du modèle — ou plutôt, de l’abandon
du modèle du maintien de l’ordre et du style expert/légaliste sont plus
près de nous :
i. réalisation de la perte de confiance du public envers les
policiers (affaire Kitty Genovese, 1964, manifestations
politiques, etc.)
ii. tensions raciales — antagonisme des forces de police et de
groupes ethniques
iii. aliénation du policier — effet « bulle de verre » de la voiture de
patrouille.
iv. études démontrent que la patrouille préventive conventionnelle
n’est d’aucune utilité (Kansas City Police Patrol Experiment).
v. la rapidité du temps de réponse ne réduit pas la criminalité
vi. efforts déployés dans les enquêtes ne réduisent pas la
criminalité
vii. augmentation de la criminalité entre 1960 et 1980, impression
de perte de contrôle par la police traditionnelle (dont,
paradoxalement, l’efficacité augmente avec le taux de
criminalité, puisqu’on mesure ses résultats en termes de
nombre d’arrestations)
viii. retour des zones urbaines « sans police » comme on en avait
au 18e siècle (Bronx Sud)
ix. la criminalité devient un objet politique (présidentielles de 1964
— course Nixon/Goldwater à la nomination républicaine)
x. peur du crime
xi. arrivée des nouvelles théories du management dans le
domaine gouvernemental (gestion par objectifs, approche
client, décentralisation des décisions, mission et valeurs, etc.;
langage : excellence, service, qualité, clients, etc.).
2. Fondements
principaux auteurs : Steven Mastrofski, Herman Goldstein, Robert Trojanowicz,
Bonnie Bucqueroux,
a. Le travail de police comprend plus que le maintien de l’ordre et
l’application de la loi. Il faut formaliser et valoriser l’aspect service.
b. Il faut réorienter la police vers la prévention. Ce qui est désirable,
c’est la sécurité, pas la rétribution après les faits.
c. Le policer doit être au courant de ce qui se passe dans la
communauté pour laquelle il est « co-responsable » (noter que la
plupart des policiers n’habitent pas où ils travaillent, ni même à un
endroit comparable)
d. Partenariats : une police efficace agit non en tant qu’experte mais en
tant que partenaire dans la production de la sécurité. Les autres
partenaires sont des organisations gouvernementales (incendies,
inspecteurs, CLSC, voirie, écoles, etc.), locales (associations de
citoyens, de commerçants, de jeunes, etc.), privées (agences/agents
de sécurité privée), communautaires (centres d’hébergement).
e. Le citoyen est responsable de sa propre sécurité, la police est là pour
le seconder.
f. Le citoyen est un client de services policiers.
g. La police doit viser deux idéaux :
i. renforcer la communauté — c’est elle qui peut le mieux
contrôler la criminalité, pas la police.
ii. résoudre les problèmes qui rendent la communauté
disfonctionnelle.
3. Stratégies
Impliquent un changement en profondeur de l’ensemble de
l’organisation policière (agents, enquêteurs, cadres, civils, experts)
a. Direction :
i. établir une mission et des valeurs en accord avec le concept, et
non des règles et des programmes. Ceci inclue un focus sur la prévention et le service aux citoyens — la mission et les valeurs
ont pour but de guider la prise de décision locale.
ii. décentraliser la prise de décision. Donner à l’agent
communautaire le pouvoir d’initiative et de déborder des
tactiques policières conventionnelles, bref d’être « proactif ».
iii. décentraliser les services eux-mêmes (postes de quartier, mini-postes, etc.)
iv. récompenser l’originalité et les résultats (l’absence de
criminalité)
v. réduire la spécialisation, couper dans les escouades non
essentielles, allouer plus de ressources à la patrouille
généraliste
vi. débloquer/réassigner les fonds nécessaires aux initiatives
réussies (pas faire attendre 1 an pour avoir des vélos ou des
ordinateurs)
vii. maximiser l’utilisation de civils — la plupart des tâches de
prévention ne nécessitent pas le statut d’agent de la paix.
viii. recruter des individus qui ont les qualités requises; éviter les
cowboys, maximiser la formation et la capacité d’analyser et
d’expliquer. Viser la professionnalisation.
b. Patrouille :
i. sortir du véhicule
ii. interagir avec les citoyens ordinaires, non seulement avec ceux
qu’on arrête
iii. analyser son emploi du temps, réorganiser ses activités pour
faire effectivement de la prévention (et non « brûler du gas »,
comme on dit...)
iv. aider les gens à faire de la prévention situationnelle (identifier
des cibles et des moyens de les protéger)
c. L’agent de police communautaire
i. est assigné à un quartier
ii. consulte les citoyens
iii. devise des événements où citoyens et policiers peuvent se
rencontrer
iv. approche de la résolution de problèmes — SARA :
(1) scan — observer les situations, identifier les problèmes
(2) analyse — analyser, déterminer les causes des
problèmes
(3) respond — deviser une réponse adéquate en fonction du
problème identifié, spécifier les objectifs (sans objectifs
clairs on ne peut pas évaluer par la suite)
(4) assess — apprécier les résultats, arrêter, continuer, ou
modifier selon les besoins. Ne jamais continuer à faire
des choses qui ne marchent pas – le but est de prévenir,
pas seulement d’être actif en apparence. Il faut évaluer
(a) la production de résultats
(b) l’efficacité ressources/résultats
(c) les déplacements
d. L’enquête :
i. se rapprocher de la patrouille, qui est une source importante
d’information — en retour, laisser participer les patrouilleurs à
certaines étapes de l’enquête (problème vu par Ericson :
monopolisation des tâches « intéressantes » par les
enquêteurs)
ii. harmoniser les tâches avec la mission de l’agent
communautaire : avoir les mêmes cibles (dans les cas où un
problème identifié nécessite des arrestations, par exemple); ne
pas nuire à la prévention (en nuisant aux relations
communautaires par une enquête trop agressive, par exemple)
4. Pièges
a. Voir la police communautaire comme une tactique
(1) Se limiter aux relations publiques
b. Se limiter au cosmétique
c. Chercher les solutions-marteau immédiates
d. Utiliser le langage mais éviter les changements nécessaires
e. Isoler les initiatives — le changement doit se faire partout dans
l’organisation.
5. Problèmes
a. Résistance de la part des agents et de leur syndicat — nous l’avons
vu, la police est résistante au changement.
b. En général le style « service » ne fait pas partie de la culture
policière.
c. Les recrues n’ont ni la maturité, ni les qualités utiles à l’analyse
méthodique, ni le goût de faire de la prévention.
d. C’est qui, ça, « la communauté »?
i. concept flou (anonymat des grandes villes). Présence de
groupes ethniques/classes, etc. Les groupes sociaux ne
correspondent pas aux unités géographiques découpées sur la
carte.
ii. suppose un consensus sur la définition des crimes les plus
dommageables et sur les moyens de les régler
iii. risque de retour à l’époque politique (contrôle des activités
policières par les politiciens et capitalistes locaux). C’était aussi
une époque de corruption massive.
iv. dictature de la majorité : est-ce que ce que la communauté
veut est nécessairement acceptable, bien, utile, légal, etc.?
e. professionnalisation du policier : peut-on être professionnel du
général? La professionnalisation sous-entend une spécialisation, ce
qui va à l’encontre du modèle.
f. Localisation des solutions : par définition, une solution « SARA » est
non-exportable.
g. Attentes du public : la police communautaire est souvent vue comme
« molle », laxiste face au crime. Va à l’encontre du policier ultra-efficace chevalier anti-crime. Ici, les solutions sont lentes et tout le
contraire de spectaculaire. La pression des appels 911 continue.
h. En fait la peur du crime, qui est reliée à la satisfaction des citoyens,
est davantage le résultat de l’activité des médias que de celle de la
police.
i. Citoyen responsable de sa sécurité
i. n’est-ce pas là la raison d’être de la police? (Les citoyens ne
sont pas intéressés à s’impliquer, sauf dans situations de crise
— c’est-à-dire, lorsqu’il est trop tard pour faire de la police
communautaire).
ii. invitation à la délation massive
iii. invitation à l’auto-protection
iv. renvoi à la sécurité privée
v. facilitation du désengagement de l’État (l’État tente de tenir le
gouvernail mais rame de moins en moins).
6. Résultats
a. Dans l’ensemble la police communautaire s’est transformée en
programme — les organisations policières ont adopté, à la pièce,
certains canons de la police communautaire, mais aucune
organisation a procédé aux changements qui forment la base du
modèle.
i. donc, les études de l’efficacité de la police communautaire ne
peuvent conclure que sur des programmes, et non sur
l’approche en général.
ii. par ailleurs, l’utilisation du langage de la police communautaire
s’est généralisée (« prévention », « proaction »,
« partenariats », « responsabiliser », « client », « résolution de
problèmes », « proximité », etc.), et à la longue il devient
difficile de faire la part des choses.
b. En bref, les études ont montré un certain nombre de choses:
i. criminalité : baisse assez peu, et les effets diminuent avec le
temps. Mais attention : dans certains cas la nouvelle confiance
du public fait que plus de crimes sont rapportés.
ii. peur du crime : effet positif assez marqué.
(a) délabrement : effet positif marqué.
iii. satisfaction du public : effet positif marqué.
iv. satisfaction professionnelle du policier : effet positif marqué
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