Problèmes liés au rôle policier : insatisfaction et déviance
I. L’insatisfaction du public/élus
A. les policiers ne voient pas leur rôle de la même façon que le
public–client.
1. 50 % des appels à la police sont considérés de nature criminelle par le
citoyen qui fait l’appel, 17 % par le policier — et 33 % de ceux-ci sont
de fausses alarmes.
2. 94 % des appels sont considérés comme ennuyants pour les policiers,
6 % comme intéressants. Au Canada, un policier moyen se trouve
dans 50 à 100 situations criminelles, et fait entre 10 et 20 arrestations
par année (12 à 20 % des incidents).
B. le citoyen–client a des attentes démesurées/contradictoires
1. « peur du crime » abstraite et difficile à cerner, influencée par les
médias et pas seulement par le contexte et le travail des policiers
2. politiques de « tolérance zéro » populaires mais déconnectées de la
réalité
3. chaque citoyen a son point de vue sur le niveau de contrôle et la nature
des services que devrait produire la police. La population n’est pas un
bloc homogène.
4. Cela dit, le policier exerce une des fonctions les plus respectées et
valorisées par la société en général.
C. la sous-culture policière place le policier dans un contexte à part
1. une « sous-culture » c’est un ensemble de normes et de concepts
appris à travers l’expérience d’avoir à fonctionner dans un groupe
social.
2. cette sous-culture produit une certaine manière d’être et d’agir en
imposant des croyances, des attitudes, des pratiques habituelles aux
membres du groupe
3. Selon Reiner (1985), la sous-culture policière comprend 7 facettes :
a. mission/action/cynisme/pessimisme : être policier est plus qu’un
simple métier, c’est une vocation. À la fois, lorsque le policier
s’aperçoit que son travail n’a pas les effets escomptés, il peut devenir
cynique.
b. suspicion et secret : définissent les relations du policier avec le
citoyen, le suspect. La confiance, à l’inverse, est le principal point
focal structurant les relations avec les autres policiers.
c. solidarité interne, isolation externe : la nature et les périodes de
travail créent un fort sentiment d’appartenance et de différence face
à la société en général.
d. conservatisme : la plupart des policiers ont une moralité
conservatrice, c’est-à-dire qui valorise l’autorité, le respect, la
conformité sociale et un certain manichéisme.
e. machisme : la sous-culture policière est empreinte de valeurs
masculinisées telles l’autorité, la force, l’agressivité, le risque
personnel, et le pouvoir sur l’autre.
f. racisme : cette situation donne parfois l’impression d’évoluer, mais
ce n’est pas nécessairement le cas. Le réflexe de classifier les
suspects, les citoyens non-suspects, les « sujets d’intérêt » et les
témoins en termes de leur identité ethnique reste très fort.
g. pragmatisme : préférence nette pour les questions pratiques et
immédiatement visibles, méfiance vis-à-vis l’innovation et la
recherche. Ceci cause une assez forte résistance au changement.
h. il faut noter que cette sous-culture n’est pas homogène et varie selon
les services, les spécialisations et les rangs.
4. cette sous-culture produit un certain nombre de types d’agents de
police, qu’on peut classer dans une typologie :
a. le bobby : gardien de la paix typique, attaché au gros bon sens
b. le porteur d’uniforme : cynique et ayant perdu toutes ses illusions, il
en fait le moins possible et laisse les responsabilités aux autres
c. le centurion : voit sa raison d’exister dans le combat agressif de la
grande criminalité.
d. le professionnel : ambitieux, veut monter dans les rangs et s’identifie
facilement à toutes les facettes du métier.
5. C. Shearing classe les agents un peu différemment :
a. le sage : prend le travail policier à coeur et s’engage à fond
b. le réaliste : fonceur reconnu par les autres policiers comme héros
anti-crime
c. le bon : voit la police comme une profession libérale et respecte les
valeurs libérales démocratiques
d. le prudent : a laissé tombé les objectifs et idéaux policiers et en fait
le moins possible.
ii.La déviance policière La déviance policière dépasse de beaucoup la simple corruption. Elle inclue,
selon M. Punch,
A. corruption typique : accepter quelque chose en violation de ses
devoirs ; faire ou ne pas faire une chose en échange d’un cadeau ou
rémunération
1. La commission Knapp (1967 — Serpico), à l’époque, avait distingué
entre
a. les « herbivores », ceux qui prennent de petits cadeaux sans grande
importance, mais de façon systématique
b. les « carnivores », ceux qui font d’énormes coups ou mettent en
place des systèmes d’extorsion majeurs — rares, et en général on
les attrape.
2. Les trucs de corruption :
a. corruption de l’autorité (le policier accepte des cadeaux sans
échange direct)
b. commission (policier reçoit une commission en référant des clients
à une entreprise — hôtel, remorquage, etc.)
c. vol (le policier conserve les résultats d’une fouille)
d. extorsion (demander une compensation sous la menace de
verbaliser ou d’arrêter)
e. protection (laisser faire des activités illégales)
f. faire disparaître (« arranger » des procédures — des contraventions,
par exemple — à l’avantage du payeur)
g. mauvaise conduite (l’agent viole les règles internes de l’organisation)
h. criminalité policière (l’agent profite de sa position pour violer la loi).
B. la prédation : exploiter des individus ou des entreprises
C. la stratégie :
1. utiliser des moyens illégaux ou contraires à la déontologie pour faciliter
le travail policier (affaire Matticks : 9 enquêteurs de la SQ fabriquent
une preuve pour lier Gérald et Richard Matticks à une saisie de
haschish dans le port de MTL)
2. abus de la force
3. le détournement de la justice : cacher des actes illégaux commis pour
augmenter l’efficacité du travail policier
iii. Gouvernance de la police
Comment s’assurer que les policiers font leur travail
a) comme la population le désire ; b) en accord avec le droit (droit criminel,
chartes, etc.) ? Au Canada il y a plusieurs modèles de surveillance des activités policières
qui peuvent être classés selon leur MODE, STYLE et FORME.
A. deux modes
1. contrôle : c’est une activité proactive, continue, de surveillance des
activités. Fournit des règles, des procédures, etc. pour prévenir la
déviance.
2. redevabilité : c’est une activité réactive, déclenchée par un incident.
Évalue les cas, corrige, discipline, demande des comptes à
l’administration policière.
B. deux styles
1. administratif : hiérarchique, implique des ordres, l’obéissance des
membres. Modèle conventionnel paramilitaire dominant.
2. rétrospectif : fondé sur la collaboration des membres, qui fournissent
librement l’information nécessaire en vue de corriger une situation. Non
autoritaire, suppose aussi l’absence de sanctions (remplacée par un
système de compensation).
C. trois formes
1. interne : c’est l’organisation policière qui se surveille elle-même. À
l’occasion une instance supérieure/externe examine les cas graves ou
ceux qui n’ont pas été réglés. C’est le modèle dominant (c’était comme
ça au Québec jusqu’en 1990).
2. politique : l’appareil politique est mobilisé par un incident important ou
par un citoyen ou un groupe, et se penche sur les activités policières.
On peut modifier les lois et règlements pour répondre à un problème.
Avec la décentralisation des contrôles, le pouvoir politique local a plus
de pouvoir sur l’organisation policière.
3. civile : une institution indépendante sert de mécanisme de surveillance.
a. GRC : Commission des plaintes du public contre la GRC
(www.cpc-cpp.gc.ca/)
b. SQ, SPVM, Commissaire à la déontologie policière
c. Ontario : Ontario Civilian Commission on Police Services.
D. il y a donc une nette amélioration quant au fonctionnement des plaintes
contre la police — on n’a plus à présenter la plainte aux policiers fautifs,
par exemple. Cependant, certains problèmes restent :
1. ce sont des systèmes qui individualisent la déviance, c’est-à-dire que la
déviance telle que véhiculée par les plaintes est toujours le fait d’un
individu, et ne peut pas être systémique ou culturelle (approche de la
pomme pourrie).
2. les plaintes ne vont pas au coeur du problème si ce dernier est
stratégique ou tactique. C’est toujours un agent qui est fautif.
3. en fin de compte, s’adresser à une agence externe c’est s’adresser à
des gens qui en savent moins sur le fonctionnement de l’organisation,
et qui dépendent de la coopération des membres (risque de levée du blue wall).
4. ceci créé une impression d’autant plus forte que la réalité s’organise
entre des problèmes et des solutions, et qu’administrer c’est appliquer
les bonnes solutions.
5. finalement, il faut garder à l’esprit que dans bien des cas de déviance,
seulement d’autres policiers seront témoins du méfait, et risquent peu
de porter plainte contre leur collègue. |