B. Organisation
de la police au Canada/Québec
i. La
police fédérale est la Gendarmerie
Royale du Canada (GRC). Elle est sous la responsabilité de
Sécurité publique Canada (SPC, ministre :
Stockwell Day), anciennement ministère du Solliciteur
général, qui a aussi sous sa responsabilité les
pénitenciers fédéraux et la Commission
nationale des libérations conditionnelles (CNLC), le
Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS),
l'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) et des organismes
de surveillance (Commission des plaintes du public contre la
GRC, entre autres).
(1) Son
histoire :
(a) Création :
par le premier ministre du Canada, en septembre 1873. On recrute
275 gendarmes et ils sont envoyés en Alberta (qui ne
portait pas ce nom
à l’époque); c’est la grande Marche vers l’Ouest (juillet — octobre
1874).
(b) Elle
s’appelle la Gendarmerie à cheval du Nord-Ouest
(North-West Mounted Police, sigle : MP)
on ajoute « royale » en 1905). Le nom
de GRC date de 1949.
(c) leur
fonction originale : officialiser la présence souveraine
du Canada dans les territoires de l’ouest (contre les
incursions étatsuniens chercheurs d’or et autres)
(d) autres
fonctions : protéger la construction du chemin
de fer national en contrôlant les travailleurs et les
chantiers ; s’assurer que la colonisation blanche
n’était pas entravée par les populations
autochtones en leur faisant signer des traités ;
percevoir les impôts et droits de douanes et distribuer
des services aux colons (entre autres, le courrier).
(2) Sa
structure organisationnelle :
(a) à la
tête de la GRC se trouve le Commissaire de la GRC, William
Elliott, qui remplace Giuliano Zaccardelli. Elle coûte
environ 1 milliard $ par année.
(b) La
GRC comporte 22 000 employés, dont 10 000 gendarmes
(grade de base), 5 000 officiers et 3 000 civils.
(c) 4
sous-commissaires ont à charge des régions du
Canada ; Région de l’Atlantique, Région
centrale, Région Nord Ouest et Région Pacifique.
Ces régions se découpent en 13 divisions, selon
les provinces et territoires. Le Québec est la division
« C » (Ontario : O ; C-B : E)
(i) la
GRC est une police fédérale partout au canada.
En cette qualité, en principe elle a juridiction sur
les crimes qui traversent les juridictions provinciales surtout
en matière de crime organisé, de sécurité frontalière,
de criminalité économique (blanchiment, transferts,
etc.) et de terrorisme.
(ii) Elle
offre aussi des services centralisés, entre autres :
1) de
renseignement (le Service canadien de renseignements criminels,
http://www.cisc.gc.ca/)
2) maintien
du registre des casiers judiciaires
3) Système
d’analyse des liens entre les crimes de violence (SALCV)
4) le
Collège canadien de police (www.ccp.gc.ca/home_f.htm)
(iii) Sauf
au Québec et en Ontario, la GRC offre
également des services de police provinciale/territoriale et municipale
(8 provinces, 3 territoires, 200 municipalités, 200 communautés
autochtones).
ii. La
police provinciale au Québec
(1) création :
1839, la Police rurale du Bas-Canada. Environ 300 constables
qui patrouillent la campagne, à cheval, autour de Montréal.
Commissaire : Auguste Gugy.
(a) Sa
première mission est le contrôle des patriotes
qui restent encore après la rébellion.
(b) en
principe, elle devait remplacer l’armée britannique,
mais en fait elle s’y ajouta. En plus, 80 % des
policiers sont anglophones.
(c) En
fait, le taux de criminalité est extrêmement bas.
Les arrestations sont rares, et en général pour
vols mineurs, ivresse en public, pour un total de 80 par année
par municipalité.
(d) 1870 :
création de la « police provinciale de Québec ».
Devient la SQ en 1968.
(2) La
Sûreté du Québec
(a) offre
des services de police dans plusieurs Municipalités
régionales de comté (MRC), qui sont pour la plupart
de grandes zones rurales.
b) fait
respecter le code de sécurité routière
sur les autoroutes provinciales et fédérales
(c) offre
des services d’enquête criminelle et des services
spécialisés aux polices municipales (analyse,
matériel [hélicoptères, véhicules
spéciaux], escouade canine, etc.). Depuis le 11 septembre
la SQ a également son « Groupe d’enquête
et de renseignement spécial », visant les
activités terroristes au Québec.
(d) compte
5 000 agents et 1 500 civils et coûte 450 millions
par année (a « hérité » de
1 000 agents de plus en 2003 à cause de l’intégration
de 40 anciennes forces municipales). Elle est dirigée
par Normand Proulx depuis 2003. La SQ dépend du ministère
de la Sécurité publique du Québec (ministre :
Jacques Dupuis).
iii. La
police au municipal
(1) Au
Canada, les polices municipales représentent 70 %
du personnel et 60 % des dépenses. Il y a environ
400 polices municipales au Canada, 35 au Québec (ce
chiffre change souvent, à cause de fusions ou d’apparition
de nouvelles forces de police). Ceci représente environ 30 000
agents de police (9 000 au QC [SPVM + municipalités]).
(2) Au
Québec, en principe, toutes les municipalités
de plus de 5 000 habitants se doivent de former un service
de police.
(a) Avant
1991, des municipalités se fiaient à la SQ pour
offrir les services policiers (sans avoir à payer
— c’est Québec qui défrayait les coûts). En
1991 on a décidé de faire payer les coûts des services
de la SQ aux municipalités.
(b) Beaucoup
de municipalités ont ainsi décidé de former
leur propre corps de police. La SQ était active dans
27 % des municipalités (excluant MTL) ; en
2002 c’était moins de 20 % ; en 2003
la proportion est remontée à environ 30 %,
avec l’intégration de polices municipales.
(c) Résultat : 154 services
de police différents en 1997, uniquement pour des raisons
financières.
(d) À cause
des fusions municipales et d’autres amalgamations, le
nombre de services de police municipaux au Québec est
tombé à 78, incluant ceux des communautés
autochtones (35 corps de police municipale conventionnels et
37 polices autochtones).
(3) La
loi sur la police stipule certains niveaux
de services qui
doivent être offerts par les corps municipaux :
nombre
d’habitants |
niveau
de service requis (loi 70) |
5 000
- 100 000 |
1 :
gendarmerie +enquête |
100 000
- 200 000 |
2 :
+intervention +infiltration |
200 000
- 500 000 |
3 :
+crimes majeurs +filatures +juriscomptabilité |
500 000
- 1G |
4 :
+crime organisé +foules+protection témoins
+surveillance électronique |
1G+ |
5 :
+mer/air +terrorisme +explosifs +polygraphie |
provincial
(SQ seul.) |
6 :
+prédateurs +coordination cr. org. +corruption
+cybersurveillance +protection VIP +profilage +gestion
banques de données nationales |
(4) Le
Service de police de la ville de Montréal (SPVM)
(a) Directeur :
Yvan Delorme
(b) emploie
4 207 policiers (78 % h), dont 3 000 agents,
450 sergents, environ 250 autres officiers de direction, et
550 enquêteurs (500 sergent-détectives et 50 lieutenant-détectives).
Emploie également 1 200 civils. Coût annuel :
400 millions.
(c) Embauche
chaque année environ 200 nouveaux agents, dont 40 %
de femmes, et 5 % de candidats issus de communautés
culturelles (les départs [retraites, démissions]
font un peu plus de 200, il y a donc diminution nette de l’effectif).
(d) Le
SPVM fonctionne à travers 49 « postes de
quartiers » (PDQ, gendarmerie) et de 4 centres opérationnels
(enquête).
(5) Son
histoire : créée après la rébellion
de 1837 (on en créé une à Québec également).
La police de Québec est probablement la première
police moderne, de type
« Peel », en Amérique. 102 agents à Québec,
122 à
Montréal.
(a) Vu
le contexte, c’était une police visant en premier
lieu le contrôle des activités politiques de masse
(fouilles, espionnage, arrestations de patriotes suspectés).
(b) Dès
1839 cette direction politique est abandonnée et la
mission de la police change : elle se charge du contrôle
des travailleurs itinérants, des matelots trop excités
ou désertant leur navire (port de Montréal et
de Québec), immigrants pauvres, prostituées,
mendiants et autres « gens sans occupation ».
Le manuel de la police de Montréal de 1849 définit
les personnes menaçant l’ordre comme « toutes
les personnes qui, étant capables de travailler, refusent
ou négligent de le faire ». En 1838, celles-ci
représentent 71 % des arrestations de la police
de Montréal. |