Question : qui est à la source de l’immense majorité des activités consistant à
imposer et à maintenir l’ordre public ?
1. La notion de contrôle social est cruciale :
a. Contrôle social informel : celui qui est appliqué entre les membres de
groupes sociaux. Il s’agit souvent d’une réaction spontanée à
l’impression d’insécurité, à une agression ou transgression
immédiate, ou au sentiment qu’une injustice, qu’un acte immoral ou
inacceptable d’une manière ou d’une autre, a été commis (peut être
très loin dans le passé, et ceux qu’on identifie comme responsables
peuvent avoir un lien très ténu avec l’acte en question — ils peuvent
être de même famille, du même groupe ethnique, ils peuvent avoir
approuvé l’acte sans y participer, etc.
b. Contrôle formel : toutes les formes de contrôle qui sont
expressément décrites et encadrées par le pouvoir public.
c. Point important : « formel » et « informel » sont moins des catégories
que des pôles, avec entre les deux un continuum plus ou moins
facile à décortiquer.
d. Dans le texte à lire, Loubet del Bayle argumente que le formel et
l’informel sont des vases communicants : plus il y a de l’un, moins il
y a de l’autre. Il prévoit dont une judiciarisation progressive des
comportements sociaux. Moins on veut se charger de contrôle social,
plus on fait appel à des tiers pour le faire (attentes plus élevées
envers la police, augmentation de la sécurité privée)
2. La différence entre public et privé :
a. Public :
i. payé et dirigé par un pouvoir public
ii. mission articulée autour des besoins d’une collectivité
b. Privé :
i. payé et dirigé par une autorité privée (entreprise, individu,
groupe communautaire)
ii. mission articulée autour des demandes de l’autorité qui en
défraie les coûts
c. Encore une fois, point important : privé et public sont des pôles,
auxquels on peut associer un aspect dominant d’une entité de
sécurité. Plusieurs entités sont hybrides, plusieurs sont les deux à la
fois.
Question : qu’est-ce qu’un crime ?
3. Définition légale : action défendue par le code criminel.
a. Au sens strict, seule une infime minorité de crimes tels qu’identifiés
par le CCr, sont connus de la police
b. Le « chiffre noir » de la criminalité : tous les actes théoriquement identifiables comme crimes, mais non connus de la police (crimes
sans victimes, crimes internes aux organisations, crimes de faible
gravité, crimes sanctionnés par les groupes, etc)
c. L’entonnoir pénal :
4. Définition criminologique : sous-ensemble de la déviance.
a. Durkheim : le crime est toute action qui « offense les états forts de la
conscience collective » (fruit d’un consensus relatif, changeant dans
le temps : le crime n’est pas une chose)
b. La déviance : toutes les actions qui, en apparence, sortent des
normes
c. Le crime : les formes de déviance qui attirent l’attention du public,
des autorités publiques, des politiciens, des notables ou des
policiers.
Question : le crime est-il la source principale d’activité de la police ?
5. Mythes liés à la police
a. La police réduit/contrôle la criminalité
b. Le travail du policier consiste à arrêter des malfaiteurs
c. Le policier est initiateur de sa propre activité (« pro-actif »)
d. Les codes (discipline, déontologie, criminel) déterminent l’activité
policière (la réalité juridique décrit la réalité opérationnelle)
6. Définitions de la police
a. Le Larousse de poche : « administration, force publique qui veille
à l’observation de l’ensemble des règlements qui maintiennent la
sécurité publique ».
b. Egon Bittner : « La police est un mécanisme pour la distribution non
négociée de la force coercitive, utilisée en accord avec ce que dicte
une saisie intuitive des exigences d’une situation ». Elle a des
aspects particuliers :
i. appel à la capacité de contraindre, à l’autorité
ii. place à force au centre de la nature de la police
iii. implique une certaine subjectivité (« saisie intuitive »); réflexes,
instincts.
iv. concept d’urgence : exigences de la situation
v. très flou: « situations »? Bittner dit, des situations où
« quelque-chose-qui-ne-devrait-pas-se-produire-est-en-train-d’arriver-et-il-faut-faire-quelque-chose-maintenant »
vi. en fait, la police utilise très peu la force, même si elle reste à
l’horizon pratique.
vii. ceci vient de la formule de Max Weber voulant que dans une
société moderne l’État détienne le monopole de la force.
c. Carl Klockars : « institution ou individus à qui l’État a donné le droit
général d’user de force coercitive à l’intérieur de ses frontières ».
Aspects particuliers :
i. définit par la force de contraindre.
ii. droit « général » n’est pas un droit spécifique (ex. : gardien de
prison, professeurs) ni universel (il est tout de même encadré
par des lois qui le limitent).
iii. ne fait aucune mention de la cible ni des objectifs de cette
force. Clockars dit que c’est très bien ainsi, puisque personne
ne s’entend sur les buts de la police, seulement sur les moyens
qu’elle utilise. Par là, il veut dire, LE moyen, cad la force
coercitive. Est-ce discutable?
7. Normes vs. Observation
a. On appelle « normatif » ce qui est lié aux désirs, volontés, à ce qu’on
tente d’établir comme ce qu’il faut faire (et ce qu’il faut éviter de faire)
b. L’observation, au contraire, porte sur ce qui est vraiment, sans tenter
d’établir si c’est bien ou mal.
c. Dans les définitions de police on trouve souvent du normatif : les
policiers devraient faire ceci ou cela.
d. Dans vos travaux, faites très attention à cette distinction. Surtout,
évitez de passer d’un type de discours à l’autre.
e. Différence entre un savoir SUR la police et un savoir POUR la
police : ce cours ne vise pas à faire de meilleurs policiers ou à
déterminer quelles sont les meilleures stratégies dans le travail
policier. C’est un savoir SUR la police : nous tentons de comprendre
comment elle fonctionne et comment elle s’imbrique dans ce que
nous identifions comme notre société (devinez quoi : on a autant de
problèmes avec la définition de « société » qu’avec celle de
« police »). |