NOUVELLES / NEWS
   
Ceci est mon journal (blogue) sur les événements ayant rapport avec la criminologie, le crime, le contrôle du crime, la technologie, la surveillance et le terrorisme ayant retenu mon attention. Notez qu'il s'agit de mes réactions immédiates à certains faits, et non mon analyse en tant qu'expert (pour des analyses, voir ici et ici).
   
This is my blog on events concerning criminology, crime, crime control, technology, surveillance and terrorism. Warning: below are my immediate reactions to random events I found interesting. For expert analysis see here and here.
   

Voyez également
     1) Cybercriminalité et sécurité
     2) Lux ex Umbra
     3) Cryptome
     4) Michael Geist
     5) Benoît Gagnon

Ainsi que les nouvelles ERTA (terrorisme et antiterrorisme)

   
   
   
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Stéphane Leman-Langlois
 
 
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  SEPTEMBRE 2006
06-09-2006 TÊTES BRÛLÉES ISLAMIQUES
 

Comme prévu le mois dernier, une autre attaque contre un symbole associé au judaïsme (et, par extension, à Israël ; c'est le genre d'amalgame que font les antisémites et autres racistes) s'est produite cette semaine. Il s'agit de l'école orthodoxe Skver-Toldos, à Outremont (à gauche, des photos tirées du système de surveillance vidéo, courtoisie involontaire de ctv.ca).

Ce genre d'attaque contre un établissement d'enseignement est relativement fréquent ; il est donc trop tôt pour sauter à la conclusion que cette attaque avait un motif raciste/terroriste. D'une manière ou d'une autre, on voit clairement qu'elle résulte d'un manque entier de planification : l'attaquant ne savait pas que la fenêtre qu'il avait choisie en s'approchant n'était pas une cible optimale, et dût se contenter plutôt de la porte, choisie sur le coup. Trouvant sans doute difficile de respirer sous son sac, il le retire avant d'être hors du champ de la caméra de surveillance (montrant à nouveau que les systèmes de caméra peuvent être utiles pour retracer les auteurs de crimes, mais pas pour les dissuader de les commettre).

Quand des experts en terrorisme nous assurent qu'une attaque au Canada n'est pas une question de « si » mais bien de « quand », on peut se demander si c'est ce genre d'attaque qu'ils imaginent. Si c'est le cas, ils peuvent d'ors et déjà se faire claquer les bretelles : c'était le 2 septembre 2006. S'il s'agit d'avions qui s'écrasent, de tours qui explosent et de métros remplis de sarin, je persiste à penser que cette affirmation est sans fondement si elle ne s'accompagne pas d'une « fenêtre temporelle ». Cette certitude d'une attaque fait-elle référence à un risque imminent, prochain, lointain ou purement théorique ?

   
  AOÛT 2006
28-08-2006 TORTURE DIVERTISSANTE PRIMÉE !
  24 gagne 12 Emmy sur 12 nominations. Dommage que la série, du reste palpitante et très bien mise en scène, fasse une glorification continue, répétée et intensive de l'usage de la torture dans la lutte au terrorisme (et par extension, pour n'importe quelle question de sécurité)... Les terroristes, les policiers, les agents de renseignements, sont tous tour à tour victimes et utilisateurs de la torture, qui à chaque fois donne les résultats escomptés (dans les faits la torture fonctionne assez mal et produit plus d'informations inutiles ou fausses que de renseignements valables).
   
13-08-2006 CONTESTATAIRES UNISSEZ-VOUS

 

 

Deux joyeux drilles un peu mêlés :

Messieurs Pierre Falardeau et Julien Poulin, toujours prêts à défendre la veuve et l'orphelin, s'amusent avec des jeunes supporters du Hezbollah. M. Poulin agite lui-même un drapeau du groupe. S'expliquant, Falardeau :

1) «J'ai aussi une photo de moi avec Denis Coderre, une autre avec Sheila Copps, et une autre avec le Bonhomme Carnaval. Vous ne m'appelez pas, pour celles-là»
— Réponse démagogique et foncièrement stupide. Il est parfaitement logique de l'appeler lorsqu'il s'associe avec des gens dont la réputation diffère légèrement de celle du Bonhomme carnaval (bon, pour Sheila Copps et Denis Coderre, j'avoue que c'est bizarre).

2) «Moi-même qui essaye de comprendre, je me laisse embarquer là-dedans en me disant que ce sont des fous furieux, des islamistes, des criminels du Hezbollah. T'en arrives à avoir honte de ça. Je trouve qu'on diabolise les arabes. »
— Sur la photo, on ne dirait pas que Monsieur F s'est laissé embarquer à « diaboliser les arabes ». S'il s'est fait embarquer, c'est plutôt par le discours pro-Hezbollah.

J'avoue que le drapeau avec la kalash ça fait « libération des opprimés », style années 1960 et 1970, alors qu'on glorifiait les terroristes palestiniens comme Leila Khaled par exemple, personnages romantiques des luttes désespérées. Seulement, le Hezbollah c'est aussi des milliers de roquettes qui pleuvent sur des cibles civiles. Les tactiques d'Hezbollah ne sont pas dignes de peuples civilisés, point (non pas que celles de Tsahal soient meilleures). Agiter leur drapeau c'est non seulement approuver leurs objectifs (dont certains sont plus, disons, litigieux que d'autres, comme par exemple tuer tous les Juifs, alors que d'autes sont en effet plus acceptables, comme maintenir l'ordre et plusieurs services sociaux au sud Liban) c'est également approuver leurs méthodes, surtout lorsqu'elles sont explicitement décrites sur leur drapeau/logo.

Nostalgiques des années 1960, Messieurs F et P. Les belles années du radicalisme où les méchants étaient dans un coin et les bons dans autre, bien identifiés, dans une situation simple (en fait ce n'était pas si simple là non plus mais avec la mémoire qui faiblit...). Les Québécois opprimés vs les anglos exploiteurs, les Palestiniens martyrisés vs les Israéliens tortionnaires, les étatsuniens exploiteurs, tortionnaires et de surcroît impérialistes vs le reste du monde. Avec l'âge les deux ressemblent de plus en plus à leur personnage et à leurs films (chefs-d'oeuvres historiques du cinéma mondial), avec discours aux antipodes mais le même pouvoir d'analyse.

   
11-08-2006 TERREUR À LONDRES
 

Une fois de plus, un groupe de jihadistes de « seconde génération », des citoyens britanniques nés au pays, soulignent la fragilité des pays occidentaux et en particulier de leurs modes de transports commerciaux.

Après la vague de détournements des années 1960 et 1970, une série de mesures de sécurité, qui nous paraissent aujourd'hui élémentaires, furent mises en place ; entre autres, fouiller les voyageurs (!), s'assurer que les propriétaires de tous les sacs mis à la soute étaient effectivement à bord (on ne s'imaginait pas à l'époque qu'un terroriste puisse accepter que son attaque constitue un suicide), etc. Après le 11 septembre 2001, on a banni les objets coupants, jusqu'aux coupe-ongles et tire-bouchons. Après le 22 décembre 2001, on a porté une attention particulière aux chaussures des voyageurs (Richard Reid était monté à bord d'un avion de la AA avec des explosifs en forme de semelle). Restait les menus articles d'apparence inoffensive que les passagers amènent à bord : shampooing, dentifrice, liquide à lentilles cornéennes, etc. Les prochains objets de banissement : faudra voir où l'imagination des terroristes, qui s'emploient à réfléchir à ces choses, s'arrêtera.

Lorsque les avions seront blindés de l'intérieur et qu'on y fera monter les passagers nus et sans bagages, les terroristes les attendront à l'extérieur de l'aéroport, au décollage ou à l'atterissage, avec des MANPADS (Man-Portable Air Defense Systems — comme c'est arrivé à Toronto/Pearson il y a deux ans, forçant un avion ultra-sécuritaire d'El Al à attérir à Hamilton).

En fin de compte, la seule manière d'être parfaitement en sécurité est de ne jamais sortir de chez soi. Pour l'instant, les autorités sont à la remorque des événements, non seulement parce que certains sont imprévisibles, mais aussi parce que pour empêcher toutes les possiblités, il faudrait virtuellement mettre fin à l'existence de l'aviation civile. Chez nous par exemple, l'ACSTA est parfaitement au courant, depuis longtemps, qu'il est relativement aisé de construire un explosif rudimentaire avec des substances qu'on trouve dans le réfrigérateur et sous le lavabo de cuisine de la plupart des maisons canadiennes. Nitroglycérine ? Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ? La chose la plus étonnante dans toute cette affaire c'est que personne n'ait encore tenté sérieusement la chose — jusqu'à maintenant .

Dans notre société de l'information, les problèmes du monde, amplifiés par la répétition, par la propagande, par la pornographie de la destruction qui saisit les médias et souvent par toutes ces choses à la fois, forment un contexte explosif. Surtout dans les cas où un discours absolutiste religieux (inutile de pointer une religion du doigt : historiquement, toutes les religions ont montré leur capacité à justifier n'importe quoi. Oui, vous aussi les bouddhistes) souligne l'obligation d'agir et escamote les dommages produits pour la « bonne » cause.

Une solution — ou du moins, une non-exagération du problème — est d'inclure et d'accepter les discours « extrémistes ». Pas au point de permettre les appels à la violence, qui dépasserait clairement les limites du politiquement acceptable. Mais le discours est une sorte de soupape du ressentiment, de la haine et de l'exaspération. Sans cette soupape, la marmite explose. Ceux qui veulent bannir les drapeaux d'Hezbollah et faire taire toutes les bouches qui n'articulent pas le bon langage accusatoire, intransigeant et unilatéral qui a eu tellement de succès jusqu'ici au Moyen-Orient ne feront que pousser ces ressentiments sous le tapis de la clandestinité, où on transforme les bouteilles de jus de fruits en bombes meurtrières.

   
08.08.2006 PORNOGRAPHIE
 

Les joies du journalisme à sensation et de la pornographie de la destruction  :

Voici une photo du résultat d'une attaque israélienne sur Beyrouth, prise par le photographe Adnan Hajj. Deux indices révèlent une arnaque assez grossière : les deux carrés montrent la répétition d'un building cloné, les cercles un pattern évident dans la fumée, également causé par un clonage d'une grossière incompétence. Les génies de l'agence Reuters n'y ont vu que du feu. Faut dire qu'ils n'ont encore pas beaucoup d'expérience : leur agence n'a été fondée qu'en 1851.

L'original :

Notez la disparition du building cloné et le caractère plus naturel de la fumée. Fait étrange, l'addition maladroite de fumée n'ajoute pas grand chose à l'aspect destructeur du raid aérien. En regardant bien, sur l'original une seule chose est en train de brûler et sur l'oeuvre de fiction, pas bien davantage. Les raisons pour lesquels le photographe a risqué sa carrière avec un faux si grossier restent donc obscures.

Les blogueurs pro-israéliens étatsuniens ont saisi cette opportunité pour dépeindre l'ensemble des rapports médiatiques sur le conflit comme une propagande organisée entièrement avec la complicité des médias « libéraux » et bien sûr sous le contrôle du Hezbollah. Le Hezbollah aurait même tué lui-même les enfants dont on a vu les corps faire les premières pages.

Notre Lysiane Gagnon, de La Presse nous offre depuis quelques jours des outils fort puissants pour départager la Propagande de la Vérité :

Vérité et propagande selon Lysiane Gagnon
aspect Vérité propagande
victimes au Liban terroristes civils
victimes en Israël civils ignorées
dommages au Liban chirurgicaux, ciblés, limités routes détruites, réfugiés, manque d'eau
dommages en Israël horribles, sanglants ignorés
source du conflit soldats kidnappés « situation complexe »
puissance de feu Hezbollah est en train de détruire Israël, qui a une réaction mesurée Israël fait 10x plus de morts que Hezbollah

Merci, Lysiane Gagnon. Dorénavant, tout est clair. Du moment qu'Israël n'utilise pas ses armes nucléaires, sa réponse est « mesurée ». À part ça, tout est la faute à Hezbollah, puisqu'en régressant aux règles du tu quoque et du si omnes, on peut bien faire de belles règles du droit de la guerre, mais en pratique tout est permis. D'ailleurs le droit international, c'est pour les perdants.

Cela dit, dans la frénésie de la pornographie de guerre, les médias semblent obsédés par la destruction et nous disposons d'aucun rapport permettant d'évaluer la destruction de Beyrouth et d'autres villes du Liban. Certains quartiers semblent bel et bien dévastés, mais d'autres ne sont pas touchés (la fameuse photo ci-haut montre un édifice en feu). L'infrastructure routière est toutefois sévèrement endomagée, ce qui rend les avertissements de l'armée d'évacuer avant les bombardements légèrement hypocrites. Évacuer où ? (quelle sera la prochaine cible) Quand, et comment ? En fin de compte, à la fois les rapports factuels, objectifs et les analyses à la Gagnon ne nous sont d'aucun apport pour comprendre la situation.

Dernière note, les symboles de la destruction sont là, en plus de certaines conséquences concrètes qui, malgré ce que Lysiane Gagnon en pense, ne me semblent pas négligeables, modérées ou particulièrement bien choisies d'un point de vue tactique (sauf s'il s'agit en partie de punir les supporters d'Hezbollah, c'est-à-dire la population du sud Liban en général). Et les symboles inspirent. Bref, la fin n'est pas proche.

   
   
 
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