NOUVELLES / NEWS
   
Ceci est mon journal (blogue) sur les événements ayant rapport avec la criminologie, le crime, le contrôle du crime, la technologie, la surveillance et le terrorisme ayant retenu mon attention. Notez qu'il s'agit de mes réactions immédiates à certains faits, et non mon analyse en tant qu'expert (pour des analyses, voir ici et ici).
   
This is my blog on events concerning criminology, crime, crime control, technology, surveillance and terrorism. Warning: below are my immediate reactions to random events I found interesting. For expert analysis see here and here.
   

Voyez également
     1) Cybercriminalité et sécurité
     2) Lux ex Umbra
     3) Cryptome
     4) Michael Geist
     5) Benoît Gagnon

Ainsi que les nouvelles ERTA (terrorisme et antiterrorisme)

   
   
   
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Stéphane Leman-Langlois
 
 
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  JUILLET 2006
31.07.2006 LES TÊTES BRÛLÉES DE L'ISLAM
 

L'ensemble des études disponibes sur le terrorisme nous apprend une chose : dans les pays comme le Canada, les actes terroristes (définissons-les comme des violences à motif politique) sont presque tous déterminés par les événements qui se déroulent à l'étranger. En ces temps de « guerre » (ou plutôt, de massacres et de contre-massacres) renouvellée en Palestine/ Israël/ Liban/ Gaza, les débordements au Canada sont pratiquement inévitables. Les cibles seront sans doute :

  • l'ambassade/ les missions d'Israël
  • les organisations Juives, associées à tort (il y a une différence entre « Juif », « Israélien » et « gouvernement d'Israël », que la plupart des terroristes, généralement foncièrement antisémites de toute manière, ne font pas) et à raison (la plupart de ces associations soutiennent sans réserve le « droit d'Israël de se protéger », c'est-à-dire de continuer dans la voie adoptée).
  • les autres objets symboliquement associés au judaïsme en général (écoles juives, commerces, centres communautaires, etc.)
  • les personnes visiblement ou politiquement associées au judaïsme

Par ailleurs, étant donnée la prise de position officielle du gouvernement du Canada dans le conflit,

  • les symboles associés au gouvernement du Canada et au Canada en général

Un défenseur auto-proclamé de l'Islam et des victimes du conflit (Naveed Afzal Haq, musulman étatsunien) s'est déjà manifesté à Seattle, tirant sur tout ce qui bouge dans un centre communautaire juif, tuant une personne et en blessant 5. Ceci fera sans doute beaucoup avancer la cause.

Il s'explique : « Ce sont des Juifs et j'en ai marre de me faire malmener, et que notre peuple se fasse malmener par la situation au Moyen-Orient ». Bon, ce n'est pas particulièrement articulé ni argumenté, mais on voit bien que la soupape du pauvre a cédé sous la pression. Or, il ne faudrait pas croire qu'il n'y a de telles soupapes défectueuses qu'aux États-Unis. L'attaque contre l'école Talmud-Torah unis en mai 2004 démontre bien le contraire. Il suffit de quelques têtes brûlées (un nom et un logo peuvent aider — ici c'était la brigade du cheik — pour donner l'impression d'un mouvement, que l'attaque n'est qu'un début), d'un bidon d'essence et d'une alumette pour créer tout un émoi. Si c'était un crime ordinaire, il disparaîtrait entièrement sous les statistiques, insignifiant. Mais la nature du crime politique, le message qu'il transmet et l'objectif qu'il vise, le font automatiquement sortir du lot.

   
17.07.2006 SÉCURITÉ AVEUGLE
 

Deux nouvelles récentes peuvent être mises côte-à-côte pour être plus éclairantes. Vendredi dernier (le 14 juillet) 200 passagers d'un avion d'Air Canada ont été cloués au sol à P.E.T. pendant 5 heures parce qu'un rigolo avait eu l'idée géniale de monter un canular à la bombe (attention, en visitant le site on vous parlera de vols « domestiques » : n'en concluez pas que vous y bénéficierez d'un valet de pied, c'est tout simplement un anglicisme). Ces canulars ne sont pas rares, il y a plusieurs petits génies qui, n'ayant pas le câble à la maison, s'amusent comme ils le peuvent. Il y a aussi des gens qui font ça exprès pour causer la panique ou du moins mettre des bâtons dans les roues des institutions pour une cause ou pour une autre. Dans une certaine mesure c'est une forme de terrorisme virtuel, mais c'est surtout d'une profonde débilité. C'est aussi un phénomène auquel les autorités aéroportuaires devraient être habituées.

La chose qui ressort le plus est sans doute l'incompétence d'apparence presque parfaite des organisations chargées de la sécurité, du moins dans ce genre de cas. Bien sûr, il faut comprendre que la sécurité des aéroports est un fouillis d'agences en plus ou moins bons termes, chacune assoiffée de prestige et fuyant comme la peste la moindre responsabilité, mais officiellement forcées à coopérer. Pourtant, même en sachant cela, mettre 5 heures pour décider s'il faut fouiller un avion est absolument effarant.

Autre facteur dont il faut tenir compte : la nervosité extrême des autorités post 9/11, qui avait également produit une panique autour de quelques grammes de fécule de maïs l'an dernier, au même aéroport. On avait tout de suite songé au charbon — au point qu'une des « victimes » en fit presque un arrêt cardiaque (les pompiers, arrivés sur les lieux, avaient rincé tout le monde à grande eau, laissant le « charbon » potentiel se déverser dans les égoûts municipaux). Pourtant, 5 heures, c'est beaucoup pour prendre la décision d'évacuer ou non un avion. Si on croit qu'il peut exploser, les passagers sont en danger, un peu plus à chaque minute qui passe. Sinon, ils se préparent à poursuivre tout le monde et à faire une nouvelle ombre au tableau des organisations chargées de notre sécurité.

L'autre nouvelle est la décision du gouvernement Harper de pomper un nouveau 250 millions dans la sécurité des transports, dont 26 millions pour scanner les bagages aériens et 133 millions de plus à l'ACSTA, une des tribus de la jungle de la sécurité aéroportuaire. Il y aura aussi beaucoup d'argent dépensé pour armer certains des employés de l'ASFC, dont sans doute ceux qui travaillent à l'aéroport.

Conclusion : on dépense sans compter dans les outils de la sécurité, surtout ceux qui font partie ou qui donnent l'impression de faire partie de la catégorie « haute technologie », mais on a encore aucune idée de comment procéder lorsqu'un problème réel, ordinaire, se présente. On ne sait pas comment analyser l'information, on n'a pas de structure décisionnelle, on a pas de communications efficaces (bon, d'accord, c'était un vendredi soir... faudrait peut-être faire les appels à la bombe le mardi après-midi, à l'avenir ; et pas pendant les vacances d'été, svp), il n'y a pas de plan d'urgence mis sur pied, même dans les cas les plus prévisibles (avoir à évacuer un avion au sol, par exemple). Possibilité encore pire : on a toutes ces choses, et elles sont là pour créer la fausse impression d'être prêt, mais elles ne fonctionnent pas dans les cas les plus routiniers.

   
10.07.2006 COMPLOTS TERRORISTES !
 

On arrête à droite et à gauche ces temps-ci aux États-Unis et au Canada. On dirait bien que des attentats terroristes se fomentent un peu partout et qu'il faille choisir entre deux conclusions : ou bien les autorités sont exceptionnellement efficaces dans leur tâche, ou bien elles suffisent à peine à arracher la pointe de l'iceberg et le ciel nous tombera sur la tête inévitablement d'un jour à l'autre.

À la fin juin le FBI a déjoué un des plus ridicules complots de l'histoire du terrorisme, ourdi par le plus improbable groupe de cinglés au monde (mis à part, peut-être, les « Brigades Abu Hafs al-Masri », qui revendiquent n'importe quoi, y compris le black-out de 2003). Quelques immigrés haïtiens et un agent double du FBI jurant fidélité à al-Qaïda dans un entrepôt de Miami. Le groupe voulait détruire la tour Sears à Chicago, sans avoir une vague idée de comment s'y prendre.

La dernière affaire impliquerait un certain « contenu canadien » puisque un des membres du présumé groupe, Assem Hammoud, aurait étudié à l'Université Concordia — en 1995-1997 ou en 2000-2002, selon les informations, ou peut-être à temps partiel entre 1995 et 2002. En théorie le groupe espérait détruire plusieurs ponts à New York, dont le fameux Holland Tunnel. Dans le cas de ce dernier, le plan aurait visé à submerger le district financier de Manhattan sous l'eau en se servant du tunnel comme un immence tuyau. Sans égard au fait que le district est au-dessus du niveau de l'eau, détail quand même important dans ce genre de plan. Aux dernières nouvelles cet aspect aurait été inventé de toutes pièce par la feuille de chou qu'est le New York Daily News.

Encore une fois, il semble que l'appellation de « complot » ait été étirée quelque peu par le FBI et par les politiciens. Les « membres » du groupe (des gens se connaissant à peine) auraient formulé l'ideé de faire exploser des bombes et détruire les ponts et tunnels (alternativement, le métro). Ils n'ont pas visité les lieux (aucun des individus en question n'a jamais mis les pieds aux États-Unis)  ; ils n'ont pas cherché de tactique, de moyen spécifique de le faire  ; ils n'ont pas ébauché la moindre idée d'une stratégie possible ; ils n'ont pas divisé les responsablités entre eux. Que reste-t-il ? un chat sur Internet. Étant donnée la nature du clavardage sur le net, c'est bien peu.

La question qui commence à émerger est : à quel point les autorités sont-elles obnubilées par l'Internet comme repaire de terroristes (et autres criminels, pédophiles, pirates, trafiquants, etc.), en oubliant les individus plus troublants, plus dangereux, et un tant soit peu plus compétents ?

   
03.07.2006 BIG BROTHER ÉTOURDI, PRISE 135
 

Le New York Times a osé révéler ce que tout le monde savait déjà, du moins en principe : le FBI, la CIA et d'autres agences gouvernementales aux États-Unis ont mis sous surveillance au moins un des systèmes de transactions financières faisant des affaires à travers le monde. Depuis le semi-scandale du programme Total Information Awareness (renommé « Terrorism » Information awareness dans un dernier effort infructueux de le faire accepter de la population), en plus des nombreux rejetons indestructibles de cette technologie dite d'« exploration des données », on n'avait pas besoin d'une boule de cristal pour imaginer ce que les méga-ordinateurs de la NSA, de la CIA et du DHSARPA se mettaient sous la dent ces jours-ci. Néanmoins, les autorités étatsuniennes jugent que cette révélation met en danger la sécurité nationale.

Le système sous surveillance était le SWIFT, (Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication) système informatisé basé en Belgique et utilisé par les banques pour assurer les transferts monétaires — 6 billions par jour. Peu après le 11 septembre, dans l'atmosphère « tout va » qui prévalait alors (on se croyait en guerre, et tout est permis en état de guerre), plusieurs tels systèmes ont été mis sous suveillance, dans certains cas, sous la suggestion de leurs opérateurs. Ce fut le cas de la Western Union, par exemple (voir Ron Suskind, The One Percent Doctrine : Deep Inside America's Pursuit of Its Enemies Since 9/11, et Cryptome). L'atmosphère « tout va » semble rester la norme, même 5 ans plus tard.

Le président Bush, son directeur national du renseignement (Director of National Intelligence, nouveau poste retirant au directeur de la CIA les fonctions de coordination qu'il possédait avant 2003. En passant, John Negroponte, le premier et courant DIA, était ambassadeur au Honduras, base des fameux « Contras » durant l'affaire Iran-Contras) et pratiquement l'ensemble des représentants républicains ont dénoncé les médias qui ont publié ces informations.

Ceci suit un mythe encore solidement ancré dans l'esprit des politiciens, du public et malheureusement, de plusieurs décideurs du milieu de la sécurité : on peut prévenir le terrorisme en surveillant son financement. Ceci est faux. La raison principale est que le terrorisme ne nécessite pas de fonds importants. On peut engendrer des pertes de vies, de la destruction et de la terreur à grande échelle avec des montants dérisoires. Les transactions impliquées ne diffèrent donc pratiquement pas des millions de transactions quotidiennes que des millions de gens ordinaires font entre eux pour envoyer de l'argent à leurs vieux parents, à leurs jeunes enfants, à leurs amis, à des correspondants commerciaux, pour se marier, pour acheter une maison, pour faire un voyage, etc., etc., etc.

Deuxièmement, dans les rares cas où une somme d'argent plus importante est nécessaire, il existe une foule de moyens non-conventionnels, impossibles à surveiller, et surtout beaucoup plus naturels pour des terroristes étrangers pour transférer des fonds. Notons surtout les hawallas, qui sont des systèmes traditionnels, dans la plupart des pays arabes, et qui n'ont absolument rien à voir avec SWIFT ou Western Union.

Conclusions :

  1. Les terroristes compétents, et sans doute les plus imbéciles, savent déjà que les gouvernements tentent d'épier leurs transactions
  2. Les terroristes compétents n'utilisent pas SWIFT, et s'ils l'utilisent, ils le font d'une manière impossible à détecter.
  3. le New York Times n'a pas mis la sécurité nationale en danger.
  4. Les gouvernements engouffrent des sommes et des énergies entièrement perdues à surveiller les transferts de fonds.
  5. Ce genre de « révélation » met surtout en danger les appareils bureaucratiques gouvernementaux accros aux budgets toujours plus importants, aux effectifs en explosion et au poids politique de plus en plus grand.
   
 
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  JUIN 2006