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1. Types de collecte de données
La difficulté principale de l’approche quantitative n’est pas de choisir l’instrument de mesure mais bien d’identifier ce qu’il faut mesurer.
a. Utilisation des statistiques officielles
i. Statistique Canada offre un grand nombre de recueils de statistiques à prix modique, dont ceux concernant la criminalité au Canada, compilées à partir des DUC (V. cours 3)
ii. Un grand nombre d’institutions tiennent également des statistiques à jour dans plusieurs domaines
iii. D’innombrables types de documents officiels peuvent être transformés en sources de statistiques, par exemple des jugements, des dossiers médicaux, des dossiers institutionnels variés. Il suffit de constituer une grille de lecture ou « questionnaire aux documents » et de les éplucher systématiquement (ou d’en faire un échantillon, v. plus bas).
b. L’observation
i. Vous pouvez vous rendre in situ avec une grille d’observation rigoureuse et noter ce que vous voyez. Par exemple, une recherche à l’École est basée sur l’observation de dealers sur la rue St-Denis. Un certain nombre de leurs activités est codé à l’avance et l’observateur note tout simplement les occurrences de chaque comportement (par exemple, combien de clients se présentent-ils à chaque jour).
ii. Pour faire de l’observation de ce type il faut au préalable porter une attention particulière à ce qu’on cherche à observer... la grille d’observation ne peut aucunement changer en cours de route sinon les résultats seront inutilisables. Comme pour toute autre méthode strictement encadrée, un pré-test peut s’avérer nécessaire.
c. Sondages
i. Il existe autant de sortes de sondages et de questions qu’il existe de chercheurs. Les questions et la forme des réponses dépendent entièrement du modèle d’analyse retenu par le chercheur.
ii. Notion importante : l’échantillon
(1) dans certains cas vous pourrez étudier une population complète (résidents d’un bloc d’appartements, par exemple); mais dans la plupart des recherches l’identification d’un échantillon représentatif s’impose parce que les populations sont trop grandes.
(2) il existe plusieurs types d’échantillon :
(a) l’échantillon probabiliste est considéré comme le plus fiable. En principe un échantillon probabiliste signifie que tous les membres de la population ont une probabilité égale de faire partie de l’échantillon.
(b) l’échantillon systématique est une variation du premier et fondé sur la supposition que les individus se présentent déjà dans un ordre aléatoire (par exemple, l’ordre alphabétique du bottin) et qu’il suffit de prendre une constante pour diviser la population en un échantillon de la bonne grandeur pour ensuite éplucher la liste à l’aide de cette constante (par exemple, si vous avez 10 000 personnes dans votre bottin, et que vous voulez en questionner 200, votre constante sera 50, et vous prendrez un nom à tous les 50 noms.
(c) échantillon stratifié : c’est un échantillon probabiliste découpé selon des groupes ou « strates » de population. Ceci garantit une représentativité pour chaque groupe (par exemple, selon la profession, l’âge, le sexe, etc.).
(d) échantillon « boule de neige » : l’échantillon est constitué à partir d’un petit nombre d’individus répondant aux caractéristiques voulues; par la suite d’autres répondants sont ajoutés à partir de recommandations faites par les premiers.
(3) il y a également plusieurs moyens de constituer cet échantillon en pratique
(a) échantillon par liste : il s’agit de consulter une liste exhaustive de la population pour y faire un choix au hasard (par exemple, le bottin de téléphone)
(b) échantillon de terrain : l’échantillon est sélectionné directement sur le terrain; par exemple, dans un quartier vous faites passer un sondage à toutes les 10 adresses civiques, ou à tous les 6 usagers du métro
(c) échantillon par « population captive » : dans certains cas vous pouvez constituer un échantillon dans une population de gens qui se trouvent tous à un endroit pour une raison qui est extérieure à votre modèle théorique. Le cas le plus fréquent est de faire passer un sondage à des étudiants dans un cours. Les étudiants sont un échantillon de la population générale pour certaines questions. Leurs habitudes de lecture ne sont certainement pas représentatives de l’ensemble; par contre, leur insécurité ou leur attitude face au terrorisme le sont davantage (pas entièrement, évidemment).
(4) grandeur de l’échantillon : dépend
(a) du niveau de confiance auquel vous voulez arriver
(b) de la grandeur de la population qui doit être représentée
(c) de la prévalence des phénomènes que vous voulez mesurer
(d) de l’hétérogénéité de la population
(e) En principe des opérations mathématiques sont possibles à partir de 30 individus. En-deçà de cette limite rien n’est possible.
iii. Types de sondages
(1) selon l’administration
(a) sondages en personne ou d’entrevue : administrés en personne aux répondants, dans leur milieu de travail, de loisirs, chez eux ou dans un lieu public.
(i) avantages : proximité rend le refus de répondre plus difficile; rapport humain encourage à prendre l’exercice au sérieux; possibilité d’observer le comportement non verbal (surtout utile dans les pré-tests); garantie que le répondant choisi est effectivement celui qui répond; contrôle des interférences;
(ii) désavantages : ces sondages doivent souvent être plus courts; grande influence de la présentation physique du chercheur; aucune impression d’anonymat; TRÈS limité géographiquement; coûts élevés;
(b) sondages postaux
(i) avantages : la longueur du questionnaire peut être maximisée parce que le répondant peut prendre le temps qu’il désire, et/ou le compléter en plusieurs sessions; les coûts sont très faibles; nécessite aucun investissement de temps de la part du chercheur durant la phase de réponse; semble plus anonyme; permet de sonder sur de grandes distances à faible coûts.
(ii) désavantages : haut taux de refus; aucune assurance que le répondant officiel est effectivement celui qui a rempli le sondage; aucun contrôle sur l’ordre dans lequel on a répondu aux questions; aucun moyen de savoir à quelle date le sondage a été rempli;
(c) sondages téléphoniques : combinent les avantages des sondages en personne à ceux des sondages postaux.
(2) selon le type de recherche
(a) sondages d’opinion : sondent les répondants au sujet de leur opinion sur un sujet précis.
(b) sondages scientifiques thématiques : à la différence du sondage d’opinion le sondage scientifique décortique les objets en plusieurs indicateurs qui seront analysés. Il ne s’agit pas de simplement demander au répondant s’il trouve que les sentences criminelles sont suffisamment sévères au Canada par exemple, mais d’aller chercher des réponses plus élaborées comme par exemple en soumettant des vignettes biographiques, en formant des échelles de gravité et de sévérité, etc.
(c) sondages longitudinaux : sondages répétés dans le temps :
(i) études de tendance (trend) : sondages répétés à intervalle temporel déterminé par la recherche pour voir si les réponses des individus évoluent
(ii) études par panel, sondages répétés, avec les mêmes répondants. Désavantage : attrition (refus de répondre, disparition, mort des répondants originaux); avantage : suivi des changements de chaque individu au cours de sa vie.
iv. Construction du questionnaire
(1) la pertinence : il y a plusieurs niveaux de pertinence
(a) pertinence pour le répondant : il faut vous assurer que la population à laquelle vous vous adressez aura effectivement quelque chose à dire sur votre sujet! Assurez-vous également que les répondants comprennent, dans ses grandes lignes, le but de votre recherche. Si ce n’est pas le cas les refus se multiplieront; dans d’autres cas les répondants se fatigueront de votre sondage.
(b) pertinence des questions à la recherche : le réflexe est de poser plus que moins de questions, « au cas où » elles seraient utiles. C’est une erreur qui génère des refus de continuer de la part du répondant.
(2) type de questions
(a) à éviter :
(i) les questions doubles : « à votre avis, la police et les tribunaux sont-ils efficaces contre la criminalité ? »
(ii) les questions ambiguës : « à votre avis, la police fait-elle bien son travail ? »
(iii) les questions biaisées : particulièrement difficile en criminologie, puisque dès le départ plusieurs objets sont déjà étiquetés péjorativement à cause de leur inclusion au code criminel. Il est difficile d’être contre la vertu ou pour le vice.
(b) questions ouvertes : questions auxquelles la réponse n’est pas offerte dans le questionnaire. C’est le cas des variables continues par exemple, où il serait impossible de lister toutes les réponses (par exemple, pour l’âge, ou pour la durée de la sentence)
(c) questions fermées : comportent un choix fini de réponses possibles. Produisent des variables ordinales ou nominales, où les valeurs sont découpées en catégories. Important : les réponses doivent être mutuellement exclusives.
(d) échelles ordinales : une majorité des questions seront sans doute présentées sous forme d’échelle, du genre :
entièrement en désaccord |
plutôt en désaccord |
Neutre |
plutôt d’accord |
entièrement d’accord |
1 |
2 |
3 |
4 |
5 |
Ou encore « souvent — à l’occasion — rarement » avec de temps à autre une option « ne sait pas ».
(3) validité/fidélité : détermination des questions nécessaires. Exemple : les gangs de rue. Dans le cas du questionnaire « Connais-tu ma gang ? » les indicateurs sont additionnés pour déterminer si les jeunes appartiennent à un gang ou non.
(a) On pourrait définir le concept « gang » de la façon suivante : Les gangs regroupent principalement des jeunes hommes âgés entre 14 et 25 ans qui partagent une identité commune. Le fonctionne interne des gangs est régi par un ordre hiérarchique et les membres proviennent majoritairement des communautés culturelles et ont un statut socioéconomique précaire. Les activités des gangs prennent souvent une orientation anti-sociale et se concentrent sur un territoire donné.
(b) Dans cette définition de « gang », il y a donc huit dimensions distinctes. Chacune peut être transformée en indicateur, au sujet duquel on pourrait poser huit questions pour placer le jeune sur une échelle d’appartenance à un gang :
— Quel âge as-tu ? (entre 14 et 25 ans = 1 point)
— Es-tu un homme ou une femme ? (homme = 1 point)
— Est-ce ta tenue vestimentaire permet de t’identifier à tes amis ? (oui = 1 point)
— Est-ce que ton groupe d’amis est régi par un ordre hiérarchique, est-ce qu’il y a un chef ? (oui = 1 point)
On fait de même pour chaque dimension. On pose une question pour mesurer chaque d’entre-elle. Par la suite, on additionne les résultats. Plus le score est élevé, plus le jeune risque d’être un membre de gang.
d. Designs expérimentaux et quasi-expérimentaux
i. En criminologie c’est surtout la recherche quasi-expérimentale qui domine. Il s’agit dans ces cas d’observer statistiquement ce qui se passe lorsque certaines variables sont modifiées afin d’en mesurer l’effet. Ceci sert à l’évaluation d’interventions variées et à la vérification de théories.
ii. En général la recherche quasi-expérimentale implique la comparaison de groupes équivalents.
(1) comparaison géographique : identification d’un site ou groupe qui peut servir de base de comparaison. Par exemple, deux (ou plus) parcs, dont l’un va être ciblé par une intervention. Deux groupes de jeunes, dont un subira un traitement (attention, ici on utilise le mot « traitement » au sens large; ça ne signifie pas nécessairement une thérapie) et l’autre non.
(2) comparaison temporelle : collecte de données sur une période de temps pré- et post- traitement (voir SARA, cours 7).
(3) on peut bien sûr combiner les deux types de comparaison, ce qui rend généralement l’expérience plus solide.
iii. Une fois le design expérimental établi, la prochaine étape consiste à aller mesurer les indicateurs nécessaires au modèle d’analyse.
iv. L’analyse est essentiellement comparative.
v. Avantages des recherches quasi-expérimentales
(1) isolation de facteurs causals
(2) contrôle facilité (et non pas « facile », attention)
(3) réduction des biais
(4) réduction des coûts
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