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Note :
pour le prochain cours, il faudra avoir lu le texte, George M. Tarabulsy,
Julie Robitaille, Carl Lacharité, Julie Deslandes et Rémi
Coderre (1998) « L'intervention auprès de jeunes mères
et de leur enfant : perspective de la théorie de l'attachement » Criminologie,
31 (1), 7-23 (http://www.erudit.org/revue/CRIMINO/1998/v31/n1/017409ar.pdf). L’atelier
portera sur ce texte.
1. La
recherche appliquée en intervention policière
a. Jusqu’ici
nous avons surtout parlé de recherche dite fondamentale,
c’est-à-dire des recherches qui visent à améliorer
nos connaissances criminologiques générales. Ici, il
s’agit d’appliquer des connaissances à des problèmes
identifiés par des intervenants précis.
b. L’application
de la recherche scientifique au travail de police est relativement
récente et date des réformes bureaucratiques et scientifiques
de la police (années 60-70) et de la police communautaire (années
80). Ces réformes visaient à professionnaliser la police, à différents
niveaux
i. Amélioration
des performances policières réactives (nombre d’arrestations,
vitesse de réponse, etc.)
ii. Amélioration
de la structure bureaucratique de la police (à une époque
on croyait que la bureaucratie parfaite seraient automatiquement efficace
dans la réalisation de ses buts)
iii. Amélioration
de la satisfaction du public (police dite communautaire); ceci a suivi
le constat qu’il était particulièrement difficile
de réaliser i et ii ci-haut.
iv. Depuis
peu, on peut observer un retour à i., avec la nuance que la
performance est mesurée avec des indicateurs différents,
notamment le taux de criminalité localisé au lieu du
nombre d’arrestations.
c. L’approche
dite de « résolution de problèmes » (Problem-Oriented
Policing, POP) est apparue durant les deux derniers types de réforme,
principalement en ce qui a trait à la police
communautaire (Community-Oriented Policing, COP).
i. Résoudre
un problème, en police communautaire, c’est généralement
s’assurer que les citoyens sont satisfaits du résultat;
ceci suppose que ces derniers sont impliqués dans l’identification
du problème.
ii. Ceci
implique que les problèmes seront infiniment variés,
du chahutage à la sortie d’un club aux graffitis aux déchets
dans un terrain vague, etc. Ainsi, la police devient une agence dont
les objectifs et les missions dépassent très largement
le maintien de l’ordre. Le policier devient un « spécialiste
de tout ».
iii. Dans
cette optique les outils conventionnels (arrestation, emprisonnement)
ne sont plus des priorités; ils peuvent même être à éviter
si leur emploi menace la cohésion du quartier ou la confiance
des citoyens. Ceci est possible en partie parce que la performance
policière n’est plus mesurée par les arrestations.
iv. Enfin,
en parallèle avec la variété des problèmes,
l’approche communautaire suppose que le policier puisse, et doive,
faire appel à une grande variété d’acteurs
pour « régler » le problème (établir
des « partenariats ». Elle suppose également
que le citoyen sera engagé et prêt à répondre
aux besoins de la sécurité (ce qui semble plus rare).
d. Il
y a aussi « résolution de problème » dans
une optique différente, celle de la « police
axée sur le renseignement » (Intelligence-led
policing). Dans ce cas la police revient au mode « maintien
de l’ordre » et se concentre à nouveau sur
les priorités policières conventionnelles de criminalité.
En général les « problèmes » sont
définis selon le code criminel et l’analyse de statistiques
sophistiquées de la criminalité locale.
i. Exemple :
COMPSTAT et « hot spots »
| « Compstat » à Philadelphie |
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e. Enfin,
il y a « résolution de problème depuis bien
plus longtemps dans la sphère de la sécurité privée.
En fait on pourrait affirmer que les services de sécurité privée
ont toujours fait de la résolution de problème, à un
niveau de base. En effet, tous les services de sécurité (gardiennage,
alarmes, serrures, enquêtes) sont modulés en fonction
d’un problème identifié par le client et l’expert/contractuel.
i. Ceci,
parce que la sécurité privée fonctionne en mode
de prévention des pertes plutôt qu’en mode
moral. Les pertes sont un problème matériel, facilement
identifiable et qui doit être évalué en termes
pratiques. Le crime, au contraire, a une composante morale qui
semble contraire à l’évaluation purement pragmatique.
f. Cette
recherche est-elle / peut-elle être scientifique ?
i. À l’intérieur
de ce qu’on appelle recherche appliquée, il n’y
a pas de raison pour qu’une analyse de ce type ne soit pas de rigueur scientifique.
ii. Par
contre, elle sera, par définition, très limitée
au point de vue des connaissances acquises.
ERREUR
LOGIQUE DE LA SEMAINE : LA CRITIQUE AD HOMINEM
« Ad hominem » veut dire, « contre la
personne».
C'est une erreur qui consiste à attaquer ou évaluer la personne
qui parle au lieu de concentrer son analyse sur ce qu'elle dit.
Par exemple, attaquer un chercheur pour un certain biais institutionnel
du seul fait de son appartenance à cette institution, sans pouvoir
identifier l'endroit où ce biais se manifeste dans sa recherche.
Un chercheur peut bien être biaisé mais il faut savoir le démontrer.
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2. Le
cadre théorique favorisé : la prévention
stratégique
a. Cette
approche est fondée sur la théorie du choix rationnel.
Selon cette théorie les acteurs choisissent leurs action selon
les bénéfices que ces dernières peuvent rapporter
et en fuyant les coûts possibles.
i. Bénéfices :
amusement, argent, objets, espace, gain de respect, etc.
ii. Coûts :
travail (loi du moindre effort), dangers divers associés à l’action
considérée, risque d’arrestation/sanction, perte
de respect, etc.
b. Pour
toute opportunité criminelle se trouvera une personne prête à la
saisir. En fait selon cette approche la criminalité (surtout
la criminalité d’acquisition) est facteur d’opportunité et
de manque de surveillance. Ainsi, la protection contre le crime est
maximisée lorsqu’on réduit les opportunités
et/ou on augmente la surveillance. c. Cette
approche, contrairement à la plupart des théories criminologiques,
ne cherche pas à comprendre pourquoi l’acteur agit d’une
façon ou d’une autre. Il suffit de supposer que statistiquement
certaines conduites se produiront, tout simplement parce qu’elles
se produisent déjà (prédiction fondée
sur la consistance avec le passé) et que certaines stratégies
peuvent contrer ces conduites.
d. Ainsi,
l’approche veut qu’une échelle
des risques soit mise sur pied, où on fait une
matrice à deux variables, la probabilité d’un
acte et ses conséquences (on peut également mettre
la solidité de la cible).
| Matrice
typique de risque |
probabilité
de l'acte
|
gravité
des conséquences |
haute |
moyenne |
faible |
haute |
RISQUE
HAUT |
|
|
moyenne |
|
RISQUE
MOYEN |
|
faible |
|
|
RISQUE
FAIBLE |
|
e. Ensuite
il faut construire une deuxième comparaison entre le risque
lié à chaque acte considéré et le coût
lié aux solutions (inutile de dépenser beaucoup pour
prévenir des risques faibles). Encore une fois c’est la
logique du risque qui prime; l’objectif n’est pas de se
protéger parfaitement contre tout, mais de se
protéger efficacement contre ce qui est le plus dangereux.
| Calcul
de l’efficacité économique des réponses |
risque |
coût
des réponses |
haut |
moyen |
faible |
haut |
|
JUSTIFIABLE |
|
moyen |
|
DISCUTABLE |
|
faible |
INJUSTIFIABLE |
|
|
|
f. Notez
que dans la plupart des cas le contenu des cellules, bien que d’apparence
neutre et objective, reste hautement subjectif (sauf pour la probabilité que
l’acte soit commis, dans la mesure où on a des statistiques
préalables).
3. SARA
a. SARA
est un acronyme décrivant les étapes standardisées
de l’approche en résolution de problèmes :
i. SCANNING
(« situation »). Cette phase est cruciale parce
qu’elle sert à définir le problème à résoudre.
Plusieurs techniques sont possibles :
(1) exploration
et identification de vulnérabilités. Comment reconnaît-on
une vulnérabilité ? Pas si simple : les
objets n’ont pas d’étiquette; il est probable
que l’expert
(a) reconnaisse
simplement les vulnérabilités qu’il a vu être
exploitées ailleurs. C’est une comparaison empirique.
(b) se
demande ce qu’il ferait lui-même. C’est une supposition
théorique (suppose que les attaquants potentiels pensent comme
lui).
(c) à noter :
une « vulnérabilité » n’est
pas un « risque ». Pour avoir un risque, il faut
aussi une « menace » correspondante. Exemple :
sécurité à Hydro-Québec.
(2) analyse
des plaintes du public (ou du « client »)
(a) la
plupart du temps les vulnérabilités ont déjà été exploitées;
on fait appel à la police justement parce qu’on a un problème.
Les vulnérabilités ont été identifiées
par les attaquants.
(3) un « vrai » problème
doit être récurrent, c’est-à-dire
qu’il doit se produire à répétition. Il
est inutile de se pencher sur un événement unique pour
en faire la prévention.
(4) un
problème doit être spécifique, c’est-à-dire
qu’il doit être découpé aussi près
du terrain que possible. « Les vols de voiture à Montréal » n’est
pas spécifique. « Les vols de voiture dans les stationnements à étages
de Montréal » n’est pas assez spécifique. « Les
vols de voitures dans le stationnement Louis-Collin » est
spécifique. Conséquemment, il demandera également
une solution spécifique.
ii. ANALYSIS
(« analyse »). L’analyse c’est l’identification
des causes du
problème. ATTENTION :
il s’agit ici des causes immédiates du problème,
même si ces dernières n’expliquent aucunement ce
qui ce passe. Pour penser stratégiquement il faut éviter
de chercher l’explication de la conduite et chercher ses moyens
immédiats. Par exemple, il est inutile de savoir si les délinquants
qui attaquent un site sont là parce que les disparités
sociales créent une tension chez eux — le policier n’as
pas de pouvoir sur les disparités sociales, mais il peut recommander
que la clôture du site soit renforcée.
(1) ceci
inclue de savoir QUI
(a) se
plaint du problème (citoyens, groupes de pression, représentants
d’entreprises, autres policiers, etc.)
(b) est à l’origine
du problème (ex. graffitis d’écoliers vs de gangs)
(c) peut
contribuer à régler le problème
(2) ceci
inclue de former des hypothèses :
(a) « nous
avons un point chaud ici parce qu’il y a beaucoup de commerces ». « Il
y a beaucoup de pick pockets parce que c’est un endroit fréquenté par
des touristes ». « Il y a beaucoup de vols dans
les véhicules parce que la haie cache les voitures ».
Ces hypothèses sont testables/vérifiables. Elles formeront
la base de votre réponse.
iii. RESPONSE
(« réponse »). Ici il faut commencer par
cibler les objectifs.
(1) P.
9 du texte d’aujourd’hui, les objectifs sont :
| |
Les
objectifs visés par le projet sont: de cibler les commerces
potentiels; d’obtenir du financement des services bancaires
pour payer des informateurs; de rencontrer les commis pour leur
proposer de devenir informateurs; de saisir le matériel
utilisé pour le clonage et de procéder à des
arrestations. |
|
— Or,
ce ne sont pas là des objectifs valables. Pourquoi ?
Le
deuxième cas (p. 11) dit vise à :
| |
rétablir
le sentiment de sécurité des commerçants et
des clients en enrayant les vols dans les véhicules à cet
endroit précis. Les objectifs visés par le projet
sont de réduire le nombre de vol de 50 %, de faire participer
les commerçants et les employés dans la diminution
du nombre de vols et d’inciter la clientèle à adopter
de nouvelles habitudes (ne rien laisser d’attrayant dans
sa voiture). |
|
— Ceci
semble plus approprié, sauf qu’une confusion reste encore.
(2) ENSUITE
il faut deviser des moyens d’arriver aux buts. Ces moyens doivent
découler logiquement à la fois du contexte et des objectifs
visés.
iv. ASSESSMENT
(« appréciation »). Cette étape
doit être conceptualisée AVANT le début de l’intervention — surtout
si le moyen d’évaluer est en comparant des indicateurs
pré et post-intervention. Il faudra peut-être penser à collecter
certaines données avant la mise en place de la stratégie
d’évaluation. Il faut également vérifier
les choses suivantes :
(1) le
problème ne s’est pas déplacé (dans le temps,
dans l’espace, vers une autre cible)
(2) le
problème ne s’est pas transformé en autre chose
(3) les
responsables ne sont pas tout simplement en guerre contre la solution
v. Note :
SARA ne s’arrête pas ici : il faut recommencer au
début.
b. À la
GRC ce système est connu sous le nom de « CAPRA »
i. CLIENTS;
souligne la nécessité de consulter à l’extérieur
du service de police. Les « clients » sont les
citoyens qui bénéficient de services de police.
ii. ACQUISITION
et ANALYSE de renseignements : ceci vise à cerner les données
principales du problème, incluant la géographie, l’architecture,
les activités des usagers, les intérêts des acteurs
touchés, etc.
iii. PARTENARIATS :
identifier les acteurs ou organismes qui peuvent contribuer.
iv. RÉPONSES :
peuvent inclure des protections additionnelles, des conseils, de l’information,
la mise en place de stratégies préventives,
v. AUTO-ÉVALUATION :
il s’agit de faire un bilan des résultats obtenus afin
de réajuster le tir si nécessaire
4. Problèmes
typiques
a. Fausses
données du problème dictées par les solutions
disponibles. Si on a la possibilité de mettre sur pied une patrouille
en vélo (des fonds ont été débloqués,
par exemple), il y a un risque que le policier communautaire cherche à appliquer
cette solution aux « problèmes » qui lui
sont soumis. Dans ce cas l’analyse est pipée par le format
de la solution pré-décidée.
b. Analyse
difficile ou répétition de données déjà vues
(cookie cutter / moule à biscuits). Il est facile de
simplement répéter les modèles de problèmes
déjà rencontrés au lieu de réellement analyser
la réalité. Répéter les données
du problèmes et la solution représente évidemment
bien moins de travail. Par ailleurs, les formulaires produits par certaines
forces de police (v. celui de la SQ) encouragent à la standardisation
des problèmes, alors que le modèle de résolution
repose au contraire sur la spécificité de chaque situation.
c. Réponses
/ objectifs fautifs. Il n’est pas rare de voir que l’objectif
de l’exercice sera de « mettre sur pied une patrouille à vélo » ou « augmenter
les patrouilles dans le secteur ». On le voit, ce ne sont
pas là des objectifs mais des moyens. Lors de l’appréciation
ces « objectifs » seront immédiatement
remplis puisque ce sont les moyens qu’on a utilisés. Ainsi,
le problème est « résolu » de manière
entièrement tautologique.
d. Appréciation/évaluation
bâclée. Dans un grand nombre de projets l’appréciation
se limite à l’impression qu’ont les policiers d’avoir
effectivement réussi à régler le problème
de départ. Ceci est inutile, biaisé et sans signification.
Ici la pensée scientifique et le scepticisme le plus élémentaire
s’imposent de façon absolue. L’impression des
policiers, quelque soit leur expérience, peut facilement être
faussée par une foule de facteurs et ne permet aucunement de
tirer des conclusion.
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