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1. Comment savoir ce qui fait partie d’une bonne revue de littérature ?
En général, trouver des sources est relativement facile; à l’occasion on en trouve même trop (surtout sur internet, par exemple). Le problème en est un de filtrage. Il est bien de savoir où trouver ce qu’on veut, mais plus fondamental encore est de savoir de quoi on a besoin.
Chacun de vos sujet nécessitera un ensemble de littératures différent. Pour identifier ce que vous devez chercher, il vous faut décortiquer votre question de départ en tous ses éléments explicites et implicites (présupposés).
LES ASPECTS THÉORIQUES
a. Les définitions.
i. Dans le texte “Researching Serial Murder” l’importance de bien définir les concepts utilisés ressort clairement. Une nuance dans la définition exclut par exemple les femmes, donnant lieu à une analyse biaisée.
ii. De toute évidence les dictionnaires, encyclopédies et autres lexiques ne sont ici d’aucune utilité (d’ailleurs, ne citez JAMAIS un dictionnaire, à moins d’avoir besoin de montrer une définition populaire). Les définitions qu’on y trouve sont le résultat d’une distillation de tous les usages variés qui sont faits des mots recherchés, ce qui est le contraire de ce qu’on a besoin.
iii. Ainsi, la première sorte de littérature dont vous aurez besoin est celle qui couvre les principaux objets de votre étude en termes de définitions. Il est peu probable que ces écrits utilisent la même définition. Il tient à vous de choisir ou de construire une définition qui vous sera utile : ceci fait partie du travail conceptuel du chercheur.
b. Les théories.
i. Toute recherche, si empirique et descriptive soit-elle, repose sur un certain nombre d’hypothèses explicites ou implicites. Première étape : les reconnaître ; il est fort possible que vos présupposés soient tellement enfouis que vous ne les voyez plus.
ii. Une portion de votre revue de littérature doit porter sur les théories ou hypothèses qui sous-tendent votre question de départ.
LES ASPECTS EMPIRIQUES
c. Les travaux précédents.
i. Ici il s’agit de voir si d’autres chercheurs ont fait la même chose que vous. La question n’est pas seulement de voir à quel point vous êtes original, mais également d’identifier des « lacunes » dans la littérature
(1) lacunes méthodologiques
(2) lacunes de généralisation (la recherche est restreinte localement ou dans le temps)
(3) besoin de reproduction d’une expérience (validation)
(4) lacunes théoriques (certains aspects d’une théorie n’ont pas été démontrés par une recherche antérieure)
(5) l’environnement semble avoir changé depuis la conduite des recherches antérieures
ii. Évidemment, les autres recherches vous aident également à vous comparer à tous les niveaux et à mieux préparer votre stratégie. Connaître et être en mesure de « répondre » aux autres chercheurs est un aspect fondamental de la recherche scientifique et de sa diffusion.
LES ASPECTS MÉTHODOLOGIQUES
d. La méthode que vous pensez utiliser.
i. Si vous avez déjà une idée solide de la méthode (ou des méthodes) que vous voulez utiliser, il est bon de vous familiariser avec d’autres études (quel qu’en ait été le sujet) l’ayant utilisé. Ceci vous aidera à construire votre outil de travail et à comprendre ses limitations (ce qui sera essentiel à la phase analyse).
ii. Des textes purement méthodologiques sont également très utiles ici.
DOCUMENTS SUR LE PASSÉ vs. DOCUMENTS POUR LE FUTUR
e. Note : les sources primaires.
i. Dans les cas où votre recherche consiste à analyser des documents il vous faut également les trouver (documents officiels, journaux, discours, littérature industrielle ou institutionnelle, etc.). Ici le document devient une source primaire : vous en avez besoin non pas pour informer votre démarche mais pour construire une démonstration de vos hypothèses. Ces documents ne font pas partie de la revue de littérature mais du corps de la recherche. Ce sont des documents « pour le futur », qui serviront lors de l'étape d'analyse (qui dépasse le cadre de ce cours), alors que les documents utiles à la revue de littérature sont les documents « sur le passé », autrement dit sur ce qui s'est fait avant vous. Il est fondamentalement important de différencier les documents que vous analyserez et ceux qui assisteront votre analyse, vos outils. Si vous prenez vos outils conceptuels à même les sources que vous analysez, votre travail tombera dans la tautologie.
ERREUR LOGIQUE DE LA SEMAINE : L’ARGUMENT ANALOGIQUE
Cet argument consiste à conclure d’après une comparaison lorsque cette comparaison est douteuse, fautive ou non-vérifiée. Ceci est particulièrement dangereux en criminologie parce que notre objet de départ, « le crime », est en réalité une immense collection de faits entièrement différents, liés entre eux parce qu’énumérés dans un document législatif. Exemple typique de confusion analogique : on peut dissuader les règlements de compte par la surveillance policière, DONC on peut dissuader un mari de tuer sa femme de la même façon. Autre exemple : la simple visibilité policière prévient la prostitution (en fait elle intimide la clientèle), DONC elle devrait prévenir l’arrivée de junkies. |
2. Comment reconnaître les sources les plus utiles ?
Il faut absolument adopter des critères solides et rigoureux pour séparer les sources fiables des autres. Comment vous assurer que la théorie ou la définition que vous allez utiliser ne sont pas marginales, ou tout simplement bizarres...
a. Réputation de la source
i. En général les sources les plus fiables sont les revues scientifiques avec comité de lecture. Dans ces cas vous êtes assurés que l’ensemble de l’article a été approuvé par d’autres chercheurs/experts.
ii. Dans une autre catégorie se trouvent les monographies, ouvrages collectifs et textes de revues sans comité.
iii. Pour les sites internet, une prudence extrême est nécessaire. Il faut vérifier
(1) l’identité et les compétences des responsables
(2) la correspondance avec d’autres sources
(3) le site est-il personnel ou lié à une institution (et de quel type)
(4) le texte contient-il des faits ou est-ce de l’éditorialisme ?
(5) le texte réfère-t-il à d’autres recherche / y réfère-t-on dans d’autres recherches ?
iv. Journaux et autres médias : règle générale, ils sont à éviter.
b. Approche théorique ou empirique de la question
i. Si vous avez besoin de faits empiriques il faut vous assurer que la source que vous utilisez en comporte. Si la source réfère à des faits trouvés par d’autres (de seconde main), vaut mieux aller chercher ces sources elles-mêmes.
ii. Si vous tentez d’informer une approche théorique, au contraire, une recherche liant ensemble plusieurs sources primaires peut être préférable.
c. DIVERSIFICATION des points de vue
i. Il est peu utile de collectionner les textes qui étudient exactement la même question avec les mêmes définitions, théories, et observations. En fait votre exploration doit, au contraire, montrer une connaissance globale du champ où votre recherche va s’inscrire. Faire une recherche, c’est se positionner face à une suite de travaux empiriques et théoriques déjà existants (nous y reviendrons quand nous parlerons de la problématique).
ii. Même si vous avez déjà arrêté votre choix sur une théorie ou hypothèse précise, vous devez démontrer que ceci est un choix éclairé : vous êtes au courant de l’existence de théories rivales, et vous êtes en mesure d’expliquer pourquoi elles vous semblent moins intéressantes.
d. Bonne définition des concepts
i. Demandez-vous si l’auteur de la recherche que vous lisez a défini ses concepts de façon rigoureuse. Parle-t-il(elle) trop aisément de « moralité », de « société », de « crime », etc. L’auteur a-t-il fait un travail pour expliquer la provenance des concepts qu’il utilise ? Bref: l’auteur s’éloigne-t-il du sens commun ?
ii. Bon choix d’indicateurs — dépendant de votre approche théorique, vous pourriez avoir besoin d’un de trois types d’indicateurs
(1) qui décrivent des comportements (nombre de crimes, nombre d’arrestations, etc.)
(2) qui décrivent des opinions, des idées, des façons de penser ou de formuler des désirs (valeurs, plans, normes auxquelles tiennent les gens)
(3) qui décrivent la forme de l’environnement social (démographie, technologies, environnement matériel, urbain, etc.)
(4) ainsi, si vous voulez connaître le nombre de crime x commis en un endroit, vous ne demandez pas aux gens : ce n’est pas une opinion. À moins que vous vouliez savoir comment les gens évaluent cette criminalité; dans ce cas, oui, il faut le leur demander, dans ce cas vous ne pouvez pas supposer que cette évaluation est équivalente aux statistiques descriptives disponibles.
e. Rigueur de la méthodologie
i. L’échantillon est-il suffisamment grand ? Est-il représentatif ? Est-il biaisé (ex. étude des criminels de guerre d’après ceux qui ont été traduits devant le TPY). Les documents analysés couvrent-ils effectivement le champ à l’étude ? Entrevues : qui a été interviewé ? L’échantillon est-il varié ? Combien y a-t-il de sujets ?
ii. Validité, fidélité, précision
(1) Validité : il faut s’assurer de mesurer les bonnes choses, au bon moment et au temps voulu. Par exemple, problèmes de généralisation si échantillon n’est pas représentatif. Demandez-vous si l’auteur mesure effectivement la bonne chose au bon endroit. Exemple : je veux savoir si les gens ont peur du crime, je fais passer un sondage près d’une maison de retraite. Je fais un sondage téléphonique en Afrique du Sud. Je fais un sondage téléphonique à la maison durant les heures de travail.
(2) Fidélité : les études semblables concordent-elles ? Si une d’entre elles arrive à un résultat différent, il faut se demander pourquoi.
(3) Précision : niveau d’exactitude de la mesure. Exemple : on devrait faire une échelle de satisfaction du travail de police, et ne pas obliger les gens à choisir satisfait : oui/non. Idéalement, cette question devrait également être suivie de questions visant à circonscrire cette (in)satisfaction. De cette façon on pourra savoir à quel point les gens sont insatisfaits, et de quoi.
f. Âge
i. En général il est bon de ratisser large, mais sauf pour l’exception (une recherche ayant fait histoire, ou d’un auteur particulièrement déterminant), toute autre chose étant égale, plus les sources sont récentes, meilleures elles sont.
3. ATELIER
a. Déterminez les types de littérature que vous devriez chercher pour le sujet suivant : L’installation de caméras de surveillance dans le métro de Montréal y causera-t-elle une baisse des infractions ?
i. Notez la littérature dont vous auriez besoin pour mener à bien cette recherche.
(1) théorique / définitions (dissuasion, prévention)
(2) empirique (qu’est-ce qui a été fait à ce sujet; trouver des études sur la criminalité dans le métro [consiste en quoi] et sur ce qui la fait monter ou descendre; trouver des études sur les caméras de surveillance)
(3) méthodologique (comment mesurer la criminalité; comment faire un test avec groupe contrôle ou avant/après)
b. Faites le même exercice pour le sujet de chacun des membres du groupe.
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