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CRI
1511
DÉLINQUANCE ET FACTEURS CRIMINOGÈNES |
| Session hiver 2002; chargé
de cours: Stéphane Leman-Langlois |
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| COURS 8: L'ÉCOLE |
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La socialisation par l'école.
L'école comme site criminogène. Difficultés propres
à l'intégration des cultures.
Texte : Thomas Gabor
(1995), La
violence à l'école et la tolérance zéro, principes
et prescriptions, Ottawa, ministère du Solliciteur général. |
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A. INTRODUCTION
Dans la plupart des études récentes l'école est LE
site où jouent les facteurs les plus déterminants. Pas étonnant,
puisque c'est le principal milieu social où les jeunes évoluent
et interagissent avec des pairs, des supérieurs, des règles
pré-existantes, des responsabilités, des récompenses,
des plans pour le futur.
TEXTE de Gabor. Le texte
nous en apprend davantage sur les adultes que sur les jeunes. En fait,
les points de vue les plus raisonnables viennent des jeunes.
--Le texte dit que le monde reconnaît les facteurs socio-démographiques
qui causent le crime. MAIS : toutes les solutions exprimées dans
les entrevues visent le contrevenant (et sont pénales).
--Les policiers favorisent la méthode forte (surveillance intensive
[par d'autres]; châtiments corporels; fouilles libres; retrait
de la Loi sur les jeunes contrevenants; dommage qu'à 12 ans...;
incarcération, «boot camp», «Scared
Straight», programmes de délation. Vers une «école
à sécurité maximale».
--Les jeunes : au contraire, sont moins en sécurité quand
il y a davantage de surveillance (comme à Kansas City); une surveillance
excessive créé un climat de danger.
QUESTION : L'ÉCOLE EST-ELLE
CRIMINOGÈNE OU SOCIALISANTE?
1) première application
d'une régimentation extrême de la vie : tabac, toilette,
cheveux, vêtements, comportement, au moment justement où
la famille relaxe ses demandes.
2) contact intense/continu avec des pairs
3) contact avec des adultes différents
4) ouverture d'un nouveau monde de possibilités
Comment répondre à
cette question : trois niveaux d'observation
Niveau symbolique
Niveau concret (contexte)
Niveau résiduel (éducation)
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B. SYMBOLIQUE DE L'ÉCOLE
: INVESTISSEMENT ET DÉSINVESTISSEMENT ÉDUCATIF
réf.: John
Hagan et Patricia Parker (1999) : «Rebellion Beyond the Classroom
: A Life-Course Capitalization Theory of the Intergenerational Causes
of Delinquency, Theoretical Criminology, 3 (3), 259-85.
--Si les parents ne valorisent
pas l'éducation, l'enfant s'engage dans un cheminement (life-course)
où vont s'accumuler les facteurs criminogènes. Très
important : concept de l'accumulation des avantages ou désavantages,
mais sous la forme d'un engrenage de facteurs. N'EST PAS ALÉATOIRE
: un facteur en attire un autre.
Les parents «socialisateurs»
ont accumulé :
1) un «capital humain» : valorisent l'investissement
dans l'éducation, l'apprentissage, l'acquisition de compétences.
2) Aussi un «capital social» : réseaux sociaux
comme famille, amis, cartiers, et surtout acquis à travers l'école
ou du moins les méthodes d'acquisition de capital social ont
été apprises à l'école, premier contexte
social.
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Tableau
: modèle du «cheminement» (life-course)

tiré de John
Hagan et Patricia Parker (1999) : «Rebellion Beyond the Classroom
: A Life-Course Capitalization Theory of the Intergenerational Causes
of Delinquency, Theoretical Criminology, 3 (3), p. 276. |
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--Le modèle montre
un effet transmissible de la criminalité, de génération
en génération. Familles de la banlieue de Toronto.
--Explique également l'enchaînement des facteurs et la
persistance de leurs effets par cet enchaînement (sinon on a vu
que la distance dans le temps effaçait tout).
--Explique également le désistement. Dans Hagan/Parker,
la criminalité des parents et le contact avec la police dans
le passé prédit beaucoup moins bien la délinquance
que l'accumulation des facteurs famille/école. Ces derniers persistent,
alors que les autres diminuent.
--Compatible avec la résistance (resilience) aux facteurs
externes (Smith, Lizotte, Thornberry et Krohn, C: plus bas) qui pourraient
être criminogènes : pourquoi tous les gens dans la pauvreté,
dans des logements inadéquats, dans des familles dysfonctionnelles,
etc. ne sont pas tous criminalisés.
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C. EFFETS CONCRETS
CARACTÉRISTIQUES DE L'ÉCOLE COMME CONTEXTE SOCIAL
1. Agent socialisant
L'école produit
:
1) Habituation à suivre la règle.
2) Apprentissage des normes de la hiérarchie sociale et de la
fonction d'autorité.
3) «Conventionalisation» des activités préparant
au marché du travail et au social en général.
Comment
1) Meilleure surveillance;
2) Capacité d'identifier les enfants problèmes (par comparaison)
(règle générale : délinquants = élèves
indisciplinés. Depuis les Glueck, 1940, aussi clair dans DD);
--L'école a un intérêt crucial dans le contrôle
de sa population.
Limites
1) Choc scolaire : monde artificiel, abstrait. Contraste avec le jeu
= plate (Cusson).
2) Inégalités développementales et intellectuelles
dans un milieu homogène et dynamique : certains peuvent être
laissés derrière.
Facteurs favorisant le
travail socialisant de l'école
1) stabilité émotionnelle et matérielle à
la maison
2) participation des parents, éducation compatible avec celle
de l'école.
3) attachement aux professeurs; l'enfant est prêt à sacrifier
son plaisir immédiat (théorie du contrôle social)
4) préparation par les parents = valorisation de l'école
et de l'apprentissage.
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2.
Labelling
[étiquetage] notre première théorie sociologique
officielle du cours]:
École = début
du frottement aux règles; et toute ACTION entraîne une
RÉACTION (test empirique = apprentissage, en psy cognitive).
-- Théorie des interactions sociales (1930, école de Chicago).
George Herbert Mead (comment devient-on déviant? Résultat
d'interactions sociales. La personne n'est pas une donnée fixe;
tout est négocié à travers l'action et la réaction
sociale. Notre identité nous est en partie donnée par
la réaction des autres). William Thomas dit que «si
on définit les situations comme réelles, elles sont réelles
dans leurs conséquences».
Frank Tannenbaum (1940). La plupart de jeunes testent les limites de ce qui est permis
(on a vu dans DD que 92,8% des jeunes commettent des actes criminalisables).
Certains d'entre eux sont identifiés comme «à problème»,
«perturbateurs», «méchants» ou «irrécupérables».
En fait, l'éducateur doit faire ceci pour s'assurer un niveau
de fonctionnement minimal en classe. Terme : dramatization of evil,
la dramatisation du mal. «Dramatisation» au sens d'une pièce
de théâtre, où chacun est appelé à
jouer son rôle. Fonctionne pour les bons élèves
également.
Edwin Lemert (1940-50)
: «self-fulfilling prophecy», ou prédiction
qui se réalise d'elle-même. La déviance primaire,
celle que tout le monde commet (pré-étiquetage) se transforme
en déviance «secondaire» qui est causée par
l'étiquette apposée par l'école (originellement,
on se penchait surtout sur les étiquettes produites par le système
pénal).
David Rosenhan (1970)
: expérience dans un hôpital psychiatrique. Rosenhan envoie
des étudiants volontaires dans des institutions psychiatriques,
où toutes leurs actions sont interprétées comme
déviantes et symptômes de troubles. Leur diagnostic persiste.
Phase 2 : Rosenhan, critiqué pour ne pas avoir averti les institutions
de son expérience, cette fois donne cet avertissement mais n'envoie
pas de volontaires; les administrateurs l'appellent Rosenhan pour lui
dire qui sont ses sujets-tests... V. Aussi Erving Goffman.
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D. EFFET RÉSIDUEL
: CONSÉQUENCES DE L'ÉDUCATION OU DU MANQUE D'ÉDUCATION
réf.: Carolyn Smith, Alan Lizotte, Terence Thornberry
et Marvin Krohn (1995), «Resilient Youth: Identifying Factors that
Prevent High-Risk Youth From Engagement in Delinquency and Drugh Use, Current Perspectives on Aging and the Life Cycle, Vol. 4, 217-47.
--En général,
l'éducation permet une meilleure résistance aux facteurs
criminogènes. Les auteurs sont d'accord avec le modèle cumulatif
ou «cheminement personnel» (life course) ci-haut. Étude
d'un groupe de 1 000 ados de cartiers défavorisés de New
York.
Selon la recherche existante
:
--Facteurs de risque (attention : PAS DES CAUSES): incompétence
parentale; difficultés financières; famille dysfonctionnelle
(discorde, confrontation) parents criminalisés ou toxicomanes,
parents souffrant de troubles mentaux; chômage et dépendance
au B-ES; etc. « Vrai » risque : cumulatif.
--Facteurs protecteurs : Attachement à au moins 1 parent
(n'importe lequel); structure familiale à la Patterson; présence
de liens significatifs et constructifs avec des pairs (support); religion/clergé;
intelligence et capacités intellectuelles en général;
relation avec un adulte autre que parents immédiats.
Après évaluation,
Smith et al, en arrivent à ces conclusions sur jeunes
à haut risque de crime ou toxico :
1) l'école est le plus important site d'influences positives
(accumulation).
2) protecteurs confirmés : performance à l'école
(lire/écrire, maths), s'investir dans l'école, être
attaché aux profs et prévoir aller à l'université.
(+ supervision parentale attachement aux parents).
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E. CONCLUSION
Différentes stratégies pour l'école
réf.: John Graham (1998), «What Works in Preventing Criminality»,
Peter Goldblatt et Chris Lewis (éds.), In Reducing Offending:
An Assessment of Research Evidence on Ways of Dealing With Offending Behaviour,
Londres, Home Office.
1. High/Scope Perry Pre-School Program.
Début des années 60, 58 enfants noirs d'un cartier pauvre
ont été dirigés vers un programme de pré-maternelle
+ visite (conseils, support) à la maison des mères. Résultats
sont durables (proximité v. cheminement). |
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2. Recherche de John Graham (1998)
«what doesn't work»
:
Travail social sur des cas individuels; Thérapies individuelles
ou de groupe, support psychologique individuel; interventions pharmacologiques
(Ritalin); châtiment corporel; suspensions de l'école;
campagnes d'«information» (surtout sur la drogue); usage
de la peur/menaces (scared straight); appels à la moralité/cours
de moralité.
Ce qui marche :
--Stratégies organisationnelles
Stratégies adoptées : amélioration de l'atmosphère
de l'école, thérapies de groupe, structuration intensive
des classes, supervision directe du travail des élèves,
augmentation des activités à l'extérieur de l'école,
mise en évidence du lien apprentissage carrière. Résultat
: moins d'agression contre les profs, déclin de la délinquance
(faible à moyen selon l'étude), amélioration de
l'estime de soi pour les jeunes.
--Programmes anti-taxage
Norvège : 1993, test sur 42 écoles d'un programme incluant
des discussions, l'introduction du sujet dans les cours, une augmentation
de la supervision et l'encouragement aux victimes de rapporter les incidents.
Réduction claire du taxage à l'école et à
l'extérieur. Au R-U, même chose dans 23 écoles.
Même résultat, mais pas efficace dans les écoles
secondaires.
--Programmes intégrés
On inclue des programmes d'aide à la famille, d'éducation
spéciale pour les enfants à risque, cours de «compétences
sociales», supervision accrue de la cour de récré.
Résultat : impact immédiat, réduction des comportements
anti-sociaux, de l'agression, amélioration des habiletés
cognitives, augmentation de l'implication des parents.
Question : est-il possible
de trop contrôler les jeunes? |
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