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CRI
1511
DÉLINQUANCE ET FACTEURS CRIMINOGÈNES |
| Session hiver 2002; chargé
de cours: Stéphane Leman-Langlois |
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COURS 6 : LE
CHOIX RATIONNEL
Théories du choix rationnel
et analyse coûts/bénéfices. Faible contrôle
de soi.
Le point sur les facteurs individuels.
Textes : 1) Maurice
Cusson (1981), « L'analyse stratégique » Délinquants,
pourquoi?, Montréal, Hurtubise, (1985), 61-75.
2) Travis Hirschi et Michael Gottfredson (1994) « Agression »,
The Generality of Deviance, New Brunswick (É-U), Transaction,
23-45.
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A. INTRODUCTION
Distinction importante: théories
de la criminalité (expliquant pourquoi/quels facteurs influent
sur les taux de criminalité, participation, gravité, fréquence,
désistement, etc.) V théories du crime (comment ceux
qui sont à risque selon facteurs passent effectivement à
lacte). On les appelle également «théories du
PASSAGE À LACTE»
Choix rationnel : implique
évaluation coûts/bénéfices et décision dagir. Si on vous donnait le choix, sans aucune autre conséquence,
entre une pièce de 1$ et un billet de 100$, lequel choisiriez-vous?
Dans 99,99% des cas le comportement des individus placés devant
ce choix et prévisible. Parce que dans cette situation ce qui est
rationnel est clairement identifiable et mathématiquement équivalent
pour tout le monde. Ceci est un choix rationnel dit «Tayloriste»
ou «économique» parce quil est basé sur
loptimisation du résultat pour le sujet. Mais dans la réalité
les situations sont rarement aussi claires.
??? Facteurs entrant
dans lévaluation dune SITUATION
1) nombre et accessibilité des cibles
2) familiarité avec le crime possible / compétence méthodologique
3) revenu potentiel
4) temps requis
5) danger physique encouru
6) risque dappréhension
7) sévérité de la peine possible
8) identité de la victime
ETC.
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B.
OPPORTUNITÉS ET ACTIVITÉS ROUTINIÈRES
réf.: Lawrence Cohen et Marcus Felson (1979), «Social
Change and Crime Rate Trends : A Routine Activity Approach», American
Sociological Review, 44, 991-931.
Un crime n'est pas que le résultat
de la présence d'un délinquant : c'est aussi un concours
de circonstances et d'OPPORTUNITÉS. Même le voleur le plus
pathologique ne peut rien voler s'il n'y a rien à voler dans les
environs.
Cohen et Felson se penchent
sur la variation des taux de criminalité sur de longues périodes
et tentent de trouver des explications économiques. Ils partent
du point de vue que voler est un moyen d'acquérir, et donc une
activité somme toutes assez pragmatique et utilitariste
c'est-à-dire qu'elle est rationnelle.
Exemple : on observe durant
la 2e moitié du 20e siècle une augmentation marquée
de la criminalité. Or, cette période se distingue également
par une explosion de la consommation et donc par la multiplication des objets volables. De plus, de moins en moins de gens restent à
la maison pour surveiller leurs biens ils travaillent à
l'extérieur, magasinent dans des centres éloignés,
etc. Cette nouvelle routine, éloignée de la maison,
a favorisé l'augmentation de la criminalité contre les biens.
La commission d'un crime nécessite
3 éléments:
1) délinquants potentiels
capables et motivés
2) opportunités / cibles intéressantes
3) absence de gardiens / système de protection
--Explique bien la victimisation
à répétition et la concentration de la criminalité.
--Mène à la prévention
situationelle / stratégique (éclairage, alarmes, architecture,
technologie de sécurité, surveillance, etc.)
--Strictement parlant il n'est
pas nécessaire de parler de délinquant rationnel dans cette
explication : on pourrait supposer qu'il y a toujours proportion d'entre
nous qui sont déterminés à commettre des crimes,
mais qui connaissent des succès variables selon les opportunités
offertes par la société. Par contre, Cohen et Felson démontrent
aisément que les causes du crimes ne sont pas toutes dans le criminel. |
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C. LES FINALITÉS
DU DÉLIT
Maurice Cusson (1985), Délinquants, pourquoi?,
Montréal, Hurtubise.
1. L'important: les motifs,
les bénéfices, la dissuasion. Rapprochement avec l'école
classique du crime (Beccaria, Bentham, Kant).
Différence délinquant
/ non-délinquant : aucune. Tous cherchent à satisfaire
des besoins de base, tous on la capacité de commettre des crimes
pour y arriver. Le premier a choisi de commettre un crime = acte punissable
par la loi - donc dans son calcul rationnel la colonne des «coûts»
était insuffisante. |
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2. Analyse
par les fins
Pourquoi a-t-il commis ce crime? (4 types / 13 fins p. 89) |
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Tableau :
les finalités du délit (Cusson, 1985 : 89)
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l'action |
l'appropriation |
l'agression |
la
domination |
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l'excitation
le jeu |
l'expédient
la possession
l'utilisation
la convoitise
le supplément
la fête |
la
défense
la vengeance |
la
puissance
la cruauté
le prestige |
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--Souvenez-vous de ce qu'on
a vu (dans DD) au sujet de la persistance et de l'aggravation = parce
que le résultat des premiers actes s'avère positif du point
de vue du délinquant (résultat recherché au départ
ou nouvelle découverte).
--Souvenez-vous également
de l'apprentissage : l'individu fait des expériences et apprend
à faire ce qui fonctionne bien. Ceci est aussi compatible avec
le polymorphisme souligné par LeBlanc et Fréchette (malgré
que nous ayons vu que des doutes subsistent là-dessus).
--Cusson explique que la poursuite
d'objectifs est d'une rationalité limitée. Qu'entend-il
par là? En gros, c'est que l'être humain est incapable d'optimiser
(comme dirait Crozier) et se contente de ce qui est satisfaisant. Ceci
pour 3 raisons:
1) on n'a pas toujours des
objectifs clairs;
2) le contexte est limité dans les opportunités qu'il
présente
3) on ne comprend pas tout ce qui nous entoure (p. 70). Malgré
tout, à force d'essayer on s'adapte.
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3. «Cadre
limite»
--Ensemble de facteurs situationnels
/ environnementaux
i. Présentisme : modificateur important du calcul coûts-bénéfices.
On a déjà vu plusieurs recherches et théories faisant
état de cette facette de l'agir délinquant. Serait le résultat
d'une mauvaise socialisation par les parents. J'ai faim : je peux décider
de faire une tarte aux pommes, rapportant à plus tard ma gratification,
ou bien je peux décider de manger les pommes tout de suite : c'est
moins bon mais je n'ai pas à travailler.
Dans cette perspective, les
opportunités criminelles immédiates et les coûts associés
au délit assez distants (surtout système pénal: on
a vu qu'en général les délits sont simples, sans
préparation ni effort requis) augmentent le risque de passage à
l'acte.
ii. Opportunités : légales et illégales forment la limite des possibilités
disponibles au délinquant. Un peu comme Cohen et Felson, en haut.
Tout n'est pas possible.
--Conséquence importante
: TOUT DÉTERMINISME N'EST QU'INDIRECT (Cusson, p. 237). Un facteur
criminogène n'influe pas directement sur le comportement,
mais sur le sujet pensant. |
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4. Conclusions
:
Cusson arrive à la conclusion
qu'une action commise rationnellement peut être somme toutes irrationnelle.
C'est le lot des actions commises par ceux qui souffrent de présentisme,
c'est-à-dire d'une difficulté généralisée
(pas seulement en ce qui a trait au crime) de planifier. La difficulté
ici est que Cusson postule l'existence d'un standard de rationalité
(c'est-à-dire d'efficacité) qui ne soit pas culturellement
défini. Pourquoi? Parce que la limite de la rationalité,
pour lui, se trouve à l'extérieur de la pensée.
En effet, l'approche du choix
rationnel suppose que les limitations imposées à l'individu
par ses compétences, par les opportunités, par les réactions
des autres, etc. sont des cadres en non des caractéristiques du libre arbitre ici l'expression de rationalité «limitée»
signifie, «limitée par ce qui est possible».
Pourtant, et on l'a vu dans
les cours précédents, la limitation de la rationalité
n'est pas seulement verticale mais horizontale : l'«incapacité
d'optimiser» ne vient pas seulement des circonstances, mais bien
du fonctionnement de l'esprit humain, qui n'est pas réellement
rationnel. |
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D. TEXTE : L'AGRESSION
Travis Hirschi et Michael Gottfredson (1994) « Agression », The Generality of Deviance, New Brunswick (É-U), Transaction,
23-45.
--Théorie du contrôle
social nécessite des individus qui agissent en fonction de conséquences
claires de leurs actes sur leurs investissements socio-émotifs.
L'agression semble pourtant être un cas unique, qui est une
réponse automatique à une frustration ou du moins à
une situation immédiatement difficile. L'agression souvent été
la chasse gardée des psychologues (impulsion, perte de contrôle
rationnel, etc.), mais ne devrait pas l'être.
Il s'agirait donc bien d'un
acte rationnel, dirigé vers un but. Il suffit de faire une différence
entre bénéfices immédiats et bénéfices
à long terme. Dans ce cas, «toute impression d'irrationalité
est effacée» (25). L'agression qui semble spontanée
est en fait tout à fait rationnelle au moment de la commettre. |
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1.
En laboratoire
L'agression en laboratoire n'est pas la même que l'agression criminelle
(souvenez-vous de ceci quand nous parlerons des effets des jeux vidéos
et de la télé sur l'agression). Au contraire, elle est négativement
corrélée à plusieurs comportements criminels («the
more "agressive" the subjects, the less likely they are to commit
deliquent acts». p. 31). «Aggression as measured in the
laboratory by psychological researchers predicts conformity rather than
deviance» (p. 33). Agressivité de labo = obéissance
(voir tableau 2.1, p. 32). |
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2. En
société (Field studies)
N'est pas un facteur explicatif
du crime parce qu'on la mesure par la participation au crime. Circularité.
Méthodologie employée : il faudrait trouver un moyen de décrire l'agression
qui permette une validité convergente (toutes les recherches montrant
le même genre de causalité ou corrélation) ET validité
discriminatoire (séparation de la cause et de l'effet, ici agressivité
et crime; si les deux ont la même définition / même
composantes, leur corrélation est artificielle).
Résultat : les
recherches statistiques sur le terrain montrent une bonne convergence;
tous les indicateurs d'agressivité sont corrélés
aux indicateurs de criminalité. MAIS : agressivité et crime
sont expliqués par les mêmes indicateurs sans discrimination.
On est en train de mesurer des concepts qui se superposent beaucoup trop. |
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3. Conclusion
Il n'y a pas de trait de caractère
«agressif». On utilise ce concept comme base de l'agir délinquant
pour des raisons culturelles : l'agression est animale,
ce qui cadre bien avec la mode behavioriste.
Pourtant l'agression s'explique
comme toute autre action, par les mêmes choses, elle est
en fait essentiellement semblable au concept de «crime». Donc, même l'agression est le fait d'un choix rationnel, qui dans
ce cas favorise le bénéfice immédiat. |
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E. ÉVALUATION
DU «CHOIX RATIONNEL» COMME EXPLICATION DE LA DÉLINQUANCE
i. la perspective phénoménologique
est valable. Subjectivisme : point de vue du sujet acteur est déterminant
dans la définition de l'agir.
ii. rationalité : les
fins sont déterminantes dans la logique de l'action. On a dit au
début du cours qu'il était utile de prendre la rationalité
et donc que nous n'étudions pas un comportement mais
des actions comme axiomatique.
MAIS
iii. analyse par les fins pas
logique du point de vue explicatif général : pourquoi choisit-on
telle ou telle fin, pourquoi tel ou tel moyen? En fait, on ne fait que
reculer le besoin d'explication. Par quel processus ces choix apparaissent-ils
comme logiques et valables (puisque la rationalité est aussi
limitée «horizontalement»)
iv. «présentisme»
= entrée de caractéristiques complexes cachées par
le concept vague de présentisme.
v. différentialisme : idée (rejetée) qu'il existe une différence fondamentale
entre les délinquants et non-délinquants. Cusson : présente
ceci comme seule alternative au choix rationnel. En réalité,
on n'a pas à choisir entre les deux.
vi. théories du QI :
contraire à ceci. QI bas (QI au sens large : habileté comprenant
éducation, compétences acquises, expériences). En
fait, le choix rationnel semble requérir une certaine «intelligence»
(v. crime décrit par Cusson en p. 83-4, qui n'est pas typique)
qui est douteuse.
vii. Émotions (ressentiment,
p. 250)
viii. Les théories de
l'apprentissage ne supposent pas simplement l'ajout de contenu à un contenant (votre tête) neutre. L'apprentissage
transforme également l'interprétation de la réalité. |
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