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1511 DÉLINQUANCE ET FACTEURS CRIMINOGÈNES |
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| Session hiver 2002; chargé de cours: Stéphane Leman-Langlois | ||
| COURS 5: FACTEURS PSYCHOLOGIQUES | ||
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Les troubles mentaux graves.
Problèmes psychologiques courants. Personnalité antisociale.
L'étude des populations carcérales. La victimisation.
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A. INTRODUCTION Nous cherchons des différences provenant de la personnalité et favorisant le début, la continuité, la fréquence, la gravité et/ou la persistance de l'agir délinquant. Étudier la personnalité criminelle c'est dire « dans des situations similaires certaines personnes risquent davantage de commettre un acte criminel ». Premiers
efforts : folie et « imbécillité morale » :
défaut de la faculté morale. Constats contemporains : a) Les populations carcérales mesurées au MMPI (Minnesota Multiphasic Personality Inventory) sont 1) plus impulsives; 2) plus hostiles; 3) moins matures; 4) plus égocentriques que la moyenne. Mais il s’agit d’une population déjà sélectionnée par le système. En fait, dans la population en général les traits de personnalité sont peu prédictifs de la délinquance
Néanmoins, certains types de délinquance, surtout les crimes de violence de faible et moyenne gravité, sont associés de façon significative à certaines personnalités : irresponsabilité, faible contrôle de soi et intolérance à la frustration. Voyons donc trois courants ou perspectives principaux : 1) interprétation / phénoménologie / subjectivisme; 2) conditionnement / déterminisme / objectivisme; 3) apprentissage et psychologie cognitive. |
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B. PERSPECTIVES INTERPRÉTATIVES ET CLINIQUES 1. Psychanalyse. Freud, début du siècle (aussi: C. G. Jung et W. Reich). Les interprétations et réactions de l'individu sont fonction du bagage des expériences formatrices stockées dans l'inconscient, surtout durant l'enfance (jusqu'à 6 ans). Ce modèle est assez faible aujourd'hui (en neurologie on ne retrouve ni l'inconscient, ni le moi, le surmoi ou le ça freudiens; aussi, les doutes s'accumulent sur traumatisme, mémoires réprimées, etc.). De plus, la multiplication de paradigmes (topique [ça-moi-surmoi] / dynamique [pulsions: libido, mort, etc] / économique [investissements d’énergie] rendent cette approche infalsifiable.
Variations modernes 1) la pensée et l’agir seraient la reproduction de modèles de relations à objets et à personnes intériorisés durant l’enfance; 2) L’agir reflète un besoin d’homogénéisation et de protection de l’identité personnelle. 3) Selon John Bowlby l’agressivité provient d’un manque d’affection maternelle en très bas âge. |
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2. Développement moral a) Jean Piaget : Imaginez que vous jouez au Monopoly avec un enfant. Sa conception des règles évolue avec le temps, sous une combinaison d’effets biologiques (maturation du cerveau) et sociaux (apprentissage).
b) Lawrence Kohlberg : identifie 6 stades de jugement moral, dont trois niveaux principaux : i) pré-conventionnel : comportement justifié par le confort personnel. ii) conventionnel : justification par un concept de l'«ordre» tel que reproduit dans le groupe principal. iii) post-conventionnel : jugement fondé sur des principes abstraits universels (ce qui équivaut à égocentrique - démocratique - éthique).
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3. Approche clinique d'Étienne DeGreeff. (1950) Sentiment d'injustice subie. Élément important: le passage à l’acte est progressif/évolutif. Criminel potentiel se convainc peu à peu que son environnement le victimise, que quelque chose qui lui est dû lui est refusé. À la source se trouve une carence affective qui rend difficile le respect de la valeur de l'autre. Évolue en une Inhibition tout d'abord affective – qui peut aller jusqu’à volitive. --Ceci s'applique surtout aux crimes graves (crime type : homicide conjugal). Moins le crime est grave, plus il est opportuniste, moins cette explication tient la route.
Ce type d’approche est essentiellement fondée sur l'étude de cas. Mais le «sentiment d'injustice subie» est-il un facteur criminogène? Non. C'est une indication qui doit nous faire comprendre que dans certains cas le passage à l'acte est le résultat d'une évolution psychologique de l'individu – durant laquelle plusieurs facteurs peuvent intervenir. Cette explication serait donc en contradiction totale avec celles qui font état d'un faible contrôle de soi ou d'impulsivité – ou en fait de personnalité criminelle... En effet, serait-il possible que la personnalité criminelle soit uniquement liée aux crimes moins graves? |
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C. PERSPECTIVES OBJECTIVISTES 1. «Noyau central de la personnalité criminelle», Jean Pinatel, 1974:
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2.
Personnalité criminelle selon Eysenck Selon Eysenck la personnalité s'étend sur trois dimensions.
+ traits de personnalité:
+ « g » faible (faible capacité de comprendre et d’assimiler les règles complexes) = délinquance Les trois (+g) facettes PEN sont des facteurs qui viennent modifier la réponse au conditionnement social (perspective essentiellement behavioriste). Se sont des facteurs innés HÉRÉDITAIRES. Des valeurs élevées sur l'échelle PEN réduise la capacité d'apprendre et d'intégrer les valeurs sociales («de développer une conscience» selon Eysenck) et donc augmentent le risque de criminalité. |
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3.
« personnalité antisociale »
selon le DSM-IV
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Causes
(Consultez Paris)
SOCIO :
notez que le taux de PA change d'une société et d'une époque
à l’autre, ce qui semble indiquer une forte composante sociale.
Paris place certains de ces facteurs parmi les facteurs psychologiques,
par contre: Théories modernes de la PA (Paris par exemple) suggèrent que les traits de personnalité (impulsivité et extraversion) sont nécessaires à l'apparition de la PAS mais ils ne sont pas suffisants. C'est-à-dire que la présence de facteurs sociaux, surtout dans la famille, est déterminante. Problème : en fait, on qualifie trop facilement d'«antisocial» (depuis bien avant le DSM...) ce qui semble incompatible avec l'ordre, et ce qui semble incompatible avec l'ordre semble pathologique : la personnalité antisociale est celle qui a des comportements antisociaux et vice-versa. Jusqu'à un certain point il s'agit encore d'une tautologie; de plus, ici on catégorise mais on n'explique rien. En fait, souvent on utilise « antisocial » au lieu de « criminel » simplement pour faire plus scientifique. Enfin, le crime est souvent agressif et désorganisé et certainement pas fait pour autrui, il est donc « antisocial ». Le danger est donc de simplement définir le criminel par la nature de ses actes, ce qui n'aide en rien à expliquer ni crime, ni criminalité ni criminel.
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D. APPRENTISSAGE Depuis George Kelly (1955). 1er principe : agir est essentiel à la nature humaine. Ne nécessite pas d’explication. Ce qu’il faut expliquer : la FORME de l’agir. 2e principe : pour agir il faut trouver le sens / prédire les résultats possibles – sinon l’action est IMPOSSIBLE puisqu’on ne peut en prévoir les conséquences.
L'interprétation ou compréhension du contexte est donc affectée par des valeurs antisociales, une interprétation négative des réactions de l'entourage, conviction d’être exclu, conceptions de la violence, du vol, etc. Le délinquant est celui qui se croit (une ou plusieurs des choses suivantes) : exclu, victimisé, étouffé, trop couvé, qui perçoit le monde comme injuste envers lui, qui croit que chacun doit profiter au maximum des situations et opportunités, etc. DONC on se comporte comme on croit devoir se comporter. Il est possible qu'on agisse violemment et qu'on n'y pense APRÈS. Mais ceci suppose tout de même l'existence préalable des cognitions. **Voyez si vous pouvez faire un lien avec le QI : serait-ce l'incapacité de nuancer et d'adapter les cognitions à l'expérience quotidienne qui mène à la délinquance? |
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2. Apprentissage social i)
Association On a déjà dit que l'action consiste à poursuivre des objectifs. La réalisation de ces objectifs ou au contraire une conséquence non-voulue et négative à l'action entreprise peut être comprise comme un système de conditionnement opérant. Ce conditionnement fonctionne de façon relativement simple : la réalisation d'objectifs récompense l'action et la punition ou tout dommage subi décourage de recommencer (mais attention : la perception de réussite ou de dommages subis est subjective et localisée dans le groupe). Comme chez Kelly, l'individu apprend par expérience empirique (attention, encore une fois, ceci ne veut pas dire qu'il s'agit d'une approche de niveau scientifique -- c'est du quotidien dont il s'agit et donc on n'a pas à supposer qu'une réalité objective est effectivement analysée). La différence c'est qu'ici on tient davantage compte du groupe social qui entoure l'individu et de l'apprentissage à travers l'action concertée. Cette perspective provient de la théorie de l'«association différentielle» de Sutherland (dont on reparlera) : c'est en rencontrant d'autres individus différents qu'on apprend des choses nouvelles. L'apprentissage de l'action criminelle est donc exactement le même que tout autre apprentissage. Seul l'environnement social diffère, donc le contenu de cet apprentissage (ici nous laissons la psychologie pour la sociologie, et donc nous y reviendrons). Disons pour l'instant que le(s) groupe(s) immédiat(s) dans lequel l'individu évolue constitue son milieu dapprentissage. ii)
Behaviorisme Selon cette perspective, les enfants apprennent en imitant, ou par « modélisation behaviorale » (nous en reparlerons dans notre cours sur les médias). Pour l'essentiel, la différence avec les autres approches de l'apprentissage est qu'ici on apprend des comportements et non des idées, concepts ou règles. On n'apprend pas à penser mais à agir. C'est une perspective très à la mode mais qui rend compte difficilement du contexte où on apprend – et pourtant tous les comportements changent de signification, et donc d'efficacité, selon le contexte où on les adopte. |
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