CRI 1511
DÉLINQUANCE ET FACTEURS CRIMINOGÈNES
Session hiver 2002; chargé de cours: Stéphane Leman-Langlois
 
COURS 3: L'ÂGE COMME FACTEUR DIRECT ET INDIRECT
L'âge comme catégorie factorielle : chronologie des influences. Premier délit et prévalence de la déviance chez les jeunes. Théories expliquant l'enchaînement et le lancement de la carrière criminelle.
À lire : DD, chapitres 2 et 3 (31-133).
 

A : INTRODUCTION : de quoi s'agit-il??

1. Courbes des âges des délinquants

ATTENTION : ce graphique ne représente pas la participation d'un individu à la criminalité selon son âge!! Cette courbe de participation personnelle serait bien différente : les activités et l'implication individuelles sont beaucoup plus constantes.

Selon tableau, l'âge semble être un très bon facteur prédictif de délinquance. Les 12-17 ans commettent 25% des crimes contre les biens et 14% des crimes de violence (les deux en baisse dernièrement). Question criminologique : pourquoi cette courbe n'est-elle pas horizontale???

Âge = chronologie d'influences sociales
Âge = indicateur du développement physiologique
Mais, nuance : l'âge n'est pas une « cause » en soi.

 

2. Statistiques intéressantes
93% des ados admettent («délinquance révélée») avoir commis au moins un acte criminel dans l'année (donc, rareté). MAIS : 88% de ces actes sont des actes de faible gravité ou des délits statutaires (consommation d'alcool, surtout) et seulement 9% sont de gravité moyenne ou élevée. Seulement un faible pourcentage (3-6%) des adolescents commettent des délits à répétition et sont ainsi responsables d'une part disproportionnée de la criminalité totale (50%).

DÉTAIL : vandalisme, 15%; consommation de drogue, 28%; violence, 31%; vols mineurs (à l'étalage, par exemple), 38%.

Parmi les adolescents judiciarisés : 92% de vols (66% intros, étalage, véhicules, vols simples; voir DD, p. 54), 11% de violence. Dans la plupart des cas il s'agit de délinquance intensive et persistante, où l'adolescent commet souvent entre 30 et 60 délits avant de se faire arrêter (voir DD, tableau p. 57). Caractéristiques principales de l'ensemble de ces activités : 1) activités de groupe; 2) motivations utilitaires/hédonistes; 3) très peu de violence.

 

3. Question : si presque tous les adolescents commettent des crimes, qu'est-ce qui différencie ceux qui sont «sélectionnés» par le système pénal?

Dans DD, les ados judiciarisés commettent beaucoup (4 à 7x) plus de délits – multipliant donc leurs chances d'arrestation. Ce sont aussi des délits plus graves et plus diversifiés. Le système pénal serait donc un facteur neutre ou mathématiquement objectif : on surveille, arrête et punit les individus qui sont les plus criminalisés, c'est-à-dire ceux qui commettent le plus de délits et les délits les plus graves (p. 84; voir aussi tableau p. 80).

Cela dit, l'opposition judiciarisés/conventionnels de DD est discutable. En effet (et ceci est dû à leur trop grande dépendance de catégories légales), il se trouve dans la catégorie «conventionnels» beaucoup trop de jeunes qui ont commis des délits sans aucune importance; il faudrait donc séparer la catégorie en «vrais conventionnels» (qui commettent des délits excessivement rares) et «faux conventionnels» (qui commettent des délits avec une fréquence raisonnable mais sans s'être fait arrêter officiellement). Ensuite, la comparaison devrait être faite entre le groupe des «faux conventionnels» et celui des judiciarisés. Plusieurs études ont démontré qu'en faisant ça on voit apparaître une sélection par le judiciaire qui n'est pas simplement basée sur le nombre de délits – et donc qui n'est pas «validée» comme le disent LeBlanc et Fréchette (p. 84).

 

B: Discussion du chapitre 3 de Délinquance et délinquants: évolution de la délinquance

1. Précocité du(des) comportement(s)
Les jeunes débutent leur carrière de délinquant très tôt. Moyenne d'âge de départ : 11 ans. Il n'est pas rare de voir des jeunes commencer vers 8 et 9 ans.
Selon Richard Tremblay (École de psycho-éducation), l'agressivité d'enfants à la maternelle est fortement prédictif de conduite antisociale (dont criminelle) à l'adolescence (autres facteurs principaux : milieu défavorisé, famille dysfonctionnelle).
DD : Période de latence (7-10ans) : ludique/immature – «jeu»; fin de la latence (10-12 ans) : utilitaire et plus productive; pré-adolescence (12-15 ans) : plus organisée/ audacieuse, plus dangereuse.

Explications : «dérapage du processus de socialisation» ou «inaptitude à passer à la prochaine phase du développement» (DD, p. 99). 11 ans : recherche d'indépendance face aux adultes; glissement de contexte de la famille au groupe de pairs.

 

2. Persistance ou «continuité de l'agir» et désistement

Stabilité de la conduite antisociale à travers les phases de développement (donc, erreur à explication 2 ci-haut?) 80% au moins 2 ans d'activité; moyenne : 5 ans.
Bien comprendre tableau 3.1 p. 103. Question : est-ce que la fréquence des actes délinquants prédit la longueur de la persistance? Il semble que oui; la délinquance moyenne/élevée risque d'avantage de persister que la délinquance moins fréquente. Mais dans 75% des cas la délinquance s'est maintenue à «faible», a régressé ou disparu. 25% seulement des délinquants très actifs persistent ou augmentent leur délinquance.
Ceci est également vrai pour l'ensemble des ados (incluant les «conventionnels»).

Type de délinquance: passe de délinquance directe (overt antisocial behavior) et ouverte à une délinquance cachée (covert).

 

3. Gradation

La gradation exprime l'augmentation de la gravité des actes commis par les délinquants au cours de leur «carrière» V. tableau 3.4 dans DD : la présence d'une gradation n'est pas évidente, et dépend de votre évaluation de la gravité des actes décrits (par exemple, «drogue» est-il objectivement 2x plus grave que «vol simple»?). Intéressant: le groupe d'âge 13-15 commet la plupart des crimes.

Qu'est-ce que la gradation mesure, au juste? 1) L'incapacité des tout jeunes de commettre des actes plus graves (agression, drogues, vol de véhicule a huit ans...)? 2) Une insensibilisation progressive aux actes commis (souvenez-vous que beaucoup commettent des crimes pour le kick)? 3) Une distanciation progressive de la société? 4) La rencontre, au cours d'activités criminelles, de plus en plus de pairs délinquants?

 

4. Activation

Déterminisme diachronique. Le passé prépare le futur (jusqu'à un certain point): précocité de l'activation est garante de la fréquence, de la persistance et de la gravité du crime à l'adolescence. La jeunesse du délinquant lors de son premier délit entraînant une série est un bon élément prédictif de criminalité future.
Deux périodes de «mise à feu»: précocité (8-9 ans) et puberté (12 ans). Consulter tableau p. 113. À 12 ans, la criminalité future sera plus soutenue; 8-9 ans, criminalité sensiblement plus grave (entre autres, violence) à 18 ans. Ceux qui commencent plus tard ont tendance à abandonner beaucoup plus vite.

 

5. Polymorphisme

90% des adolescents délinquants sont «polymorphes». Calculs basés sur les 11 catégories de crime (voir DD, appendice B):

1. menus larcins

2. vol à l’étalage

3. vandalisme

4. vol simple
5. désordres publics

6. vols avec effraction

7. vol d’une personne

8. drogue
9. vol de véhicule à moteur

10. vol grave

11. attaque contre la personne

 

Cette criminalité est largement dominée par les vols intermédiaires (surtout vol avec effraction), qui sont au foyer de l'ensemble (127). Donc, bémol : en fait, les catégories ne sont pas si différentes que ça (7 sur 11 sont des vols). De plus, il y a sans doute des inter relations (drogues/vol par ex.). Dans DD, «polymorphe» signifie entre 2 et 4 catégories de délit (tableau 3.4)

Dans les combinatoires, où le nombre de catégories est réduit à 6, le polymorphisme baisse déjà (de 2-3-4 catégories à 2-3 «secteurs»). Par ailleurs, il faut noter que c'est l'aggravation de l'agir qui cause la «polymorphie» (par exemple, de vol mineur à vol intermédiaire à vol grave). En fait, le délit par excellence pour le jeune délinquant est l'introduction par effraction (voir p. 130).

«Polymorphie» pas vraiment prouvée ici, mais essentielle pour une théorie de la socialisation (pas socialisé = tout croche). Problème principal (typique) : on a laissé le Parlement agir comme assistant de laboratoire.

 

6. Explications possibles de l'engrenage évolutif de l'agir délinquant

EN RÉSUMÉ : ACTIVATION-AGGRAVATION-DÉSISTEMENT

DÉBUT:

A. puberté / quête d'identité / ajustement à la société (DD)
B. jeunesse = agressivité / contestation / test des limites du permis (PSY)
C. Jeunesse = moment où les structures sociales sont les plus strictes (A. Cohen)
D. Jeunesse = premier moment où différentes cultures / structures d'autorité sont confrontées (relativité des règles) (Sellin).

FIN: Délinquance «régressive» est passagère; délinquance «extensive» est persistante pour au moins une partie de l'âge adulte (condensation ou consolidation du style de vie criminalisé [Marvin Wolfgang])

Désistement éventuel : victimisation / insécurité, système pénal, fatigue/burn out, emploi, «mariage».
Wilson et Herrnstein : à l'âge adulte les gains provenant de la délinquance deviennent moins intéressants.