CRI 1511
DÉLINQUANCE ET FACTEURS CRIMINOGÈNES
Session hiver 2002; chargé de cours: Stéphane Leman-Langlois
 
COURS 12: CONTRÔLE SOCIAL ET CONTRÔLE DE SOI

Les théories du contrôle v. les théories anomiques.

texte: D/D ch. 7

 

Question : pourquoi ne devient-on pas délinquant. Réponse : on obéit aux lois parce qu'on y est obligé par la société et son fonctionnement, parce qu'on y trouve son bénéfice (investissement social).

 

A. THÉORIES DU CONTRÔLE SOCIAL

Question : pourquoi ne devient-on pas délinquant. Réponse : on obéit aux lois parce qu'on y est obligé par la société et son fonctionnement, parce qu'on y trouve son bénéfice (investissement social).
Travis Hirshi et Michael Gottfredson (A General Theory of Crime, 1980) et Hirshi : Causes of Delinquency, 1969.
• Prérequis : vision rationnelle de l'action.

L'individu, au départ, cherche son bénéfice à tout prix. Il est prêt à tout pour assurer son avantage. Mais en société, il apprend que certains avantages résident dans le fait de se conformer, essentiellement à travers la formation de liens sociaux. Or, des actes déviants pourraient causer un rejet et la perte de ces avantages.

Il y a 4 types de liens sociaux
1) Attachement. Aux parents, aux professeurs, aux pairs (non délinquants, bien sûr). La déviance pourrait provoquer un bris des relations avec les gens à qui on est attaché, donc on l'évite. Attachement aux parents dépend du temps passé avec lui, du niveau d'intimité dans les communications et de l'identification émotionnelle avec les parents.
2) Engagement (commitment). Investissement de temps et d'effort à des activités conventionnelles qui illustrent les règles morales en vigueur. Éducation, jeux et loisirs socialement acceptables, passe-temps, etc. Ceci créé des responsabilités assorties d'un sentiment d'appartenance.
3) Participation (involvement). Participation à des activités sociales conventionnelles : moins de temps pour le reste. De plus, la déviance pourrait nous faire perdre accès à ces activités.
4) Conviction (belief). Croyance en la validité, légitimité et utilité des règles sociales. Ressemble au niveau post-conventionnel du jugement moral de Kohlberg.

Problèmes

1) 2 et 3 sont la même chose et les vérifications empiriques le démontrent. Pour le reste, il n'y a pas d'explication sur la formation de ces liens sociaux.
2) présupposé assez corsé sur l'être humain à socialiser
3) causalité douteuse, même les corrélations sont faibles

• Malgré tout, il semble qu'en effet la désorganisation sociale, qui empêche une large part des liens possibles, est très fortement corrélée à la délinquance au sein d'un quartier urbain. Dans le texte de la semaine dernière, on présentait le concept d'efficacité collective, qui reposait fortement sur la cohésion du groupe.

 
 

B. FAIBLE CONTRÔLE DE SOI (OU PERSONNEL)

(H / G, General Theory of Crime)

Les personnes qui commettent des crimes souffrent d'un faible contrôle de soi (low self control).

Le crime :
1) donne satisfaction immédiate des désirs
2) donne une satisfaction primaire, simple, et facile à obtenir
3) est excitant
4) donne des bénéfices minables et à court terme seulement
5) ne nécessite en général aucune compétence
6) cause des dommages à une victime (donc leur auteur est égocentrique)

Ceux qui souffrent d'un faible contrôle de soi s'engagent dans toutes sortes d'autres activités visant des bénéfices immédiats ou une réduction immédiate de la frustration (ex. battre un enfant qui pleure) — psychotropes, jeu, sexe sans protection, etc.

H/G notent que les délinquants ont beaucoup d'autres difficultés en fait, leur criminalité est peut-être le moindre de leurs problèmes. Difficultés à l'école, de garder un emploi, de conserver des relations affectives ou même utilitaires, de respecter leurs plans d'avenir... Mais aussi : accidents d'automobile, de travail, feux (ils sont accident prone). En tout et pour tout, leur espérance de vie moindre.

ATTENTION : Tous les enfants naissent impulsifs (même présupposé que tout à l'heure). La famille doit inculquer à l'enfant les coûts liés à la gratification immédiate sans égard aux conséquences. École = trop tard. Si ceci n'est pas fait l'enfant ne pourra se contrôler efficacement. Le faible contrôle de soi n'est pas un trouble psychologique : c'est ce qui arrive quand un être humain n'est pas efficacement socialisé.

Le but ici n'est donc pas d'établir une différence criminel non criminel, mais bien de souligner qu'il faut tenir compte des situations réelles. On peut supposer que les bénéfices recherchés sont essentiellement les mêmes pour tout le monde; la différence réside dans la perception des coûts. Et comment apprend-on à percevoir les coûts? Par la socialisation, spécialement dans la famille.

AVEC ceci, les influences sociales nous permettent de boucler la boucle et de revenir à une sorte de facteur personnel mais qui provient de la société et non du psychisme de l'individu.