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CRI
1511
DÉLINQUANCE ET FACTEURS CRIMINOGÈNES |
| Session hiver 2002; chargé
de cours: Stéphane Leman-Langlois |
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| COURS 10: LE
QUARTIER CRIMINOGÈNE |
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Opportunités criminelles
et environnement criminogène. Désorganisation sociale.
texte: Robert
J. Sampson and Stephen W. Raudenbush,«Disorder
in Urban Neighborhoods : Does It Lead to Crime?» , Washington
(DC), National Institute of Justice Research Brief, U.S. Department of
Justice. |
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À noter:
l'environnement social vient
colorer l'ensemble des facteurs
impact sur la famille, l'école, etc. DIFFUS
Impact sur les opportunités criminelles
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A. L'ÉCOLE
DE CHICAGO ET LE QUARTIER CRIMINOGÈNE |
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1. L'École
de Chicago a essentiellement inventé l'approche empirique
des problèmes sociaux; Shaw et McKay, ville de Chicago quadrillée,
analysée avec statistiques criminelles. Zorbaugh explique
les disparité entre les quartiers. Tous notent que la délinquance
est plus élevée au centre-ville. Pattern trouvé
partout (sauf en Europe, où c'est le contraire: banlieues
dangereuses)
5 zones sont
identifiées à Chicago:
1 centre: quartier des affaires
2 zone de transition: marge du centre-ville, activités
commerciales moins prestigieuse
3 résidentiel
4 résidentiel
5 banlieue
Maintenant: centre-ville: gentrification
À la fois: migration des familles, ou «Troudebeignisation»
de Montréal: reste riches et pauvres, classe moyenne part pour
la banlieue
OBSERVATIONS de Shaw et Mckay:
1. la distribution spatiale de la délinquance suit de près
la distribution d'autres problèmes sociaux (abus d'alcool, maladies
mentales, etc.)
2. même à un niveau socioéconomique équivalent,
tous les quartiers ne sont pas également criminalisés
3. différences selon composition ethnique
4. quand les gens partent, ils laissent leur criminalité derrière:
c'est-à-dire qu'un quartier conserve son niveau relatif de délinquance
même si sa composition ethnique change
CONCEPT: désorganisation
sociale: contrôles sociaux formels et informels ne fonctionnent
pas adéquatement. le quartier est donc criminogène.
Trois facettes du quartier désorganisé typique::
1. forte pauvreté (%familles mono et ou vivant d'aide sociale)
2. mobilité résidentielle élevée, créant
l'anonymat et empêchant un sentiment de communauté (Zorbaugh)
3. hétérogénéité ethnique (causant
des frictions, v. Sellin) |
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2. CONCLUSIONS*
Pourquoi certains quartiers sont-ils plus criminalisés que
d'autres?
1. Composition de la population.
Choix résidentiel. Les parents savent que certains quartiers sont
des environnements à risque et choisissent de ne pas habiter là.
Certains quartiers se populent de gens ayant des caractéristiques
criminogènes.
2. Processus de socialisation:
dans les quartiers désorganisés les 2 principaux mécanismes
de socialisation (famille et école) fonctionnent difficilement.
Mères débordées, difficultés de supervision;
écoles à peine capables de faire respecter la discipline,
donc côté académique négligé --- peu
d'intérêt des parents dans la réussite scolaire.
3. réseau de support:
dans les quartiers désorganisés le réseau de support
est pus faible. Surtout important pour les familles. Entraide pour la
garde des enfants, difficultés financières, etc. Réseau:
famille, amis, voisins. Parentèle a diminué dans la société
moderne -- divorces, familles réduites.
4. Dans les milieux désorganisés
existe une sous-culture délinquante. Valeurs soulignant que la
société est injuste, les riches sont des escrocs, (mais
les délinquants ne volent pas les riches en général).
Dégoût de la société.
5. Opportunités criminelles,
v. Felson et Cohen. Cible, délinquant
et absence de surveillance. Dans certains quartiers on trouve une convergence
de ces facteurs.
6. «Fenêtres brisées»
(v. texte). Délabrement encourage délinquance. Donne l'impression
que le quartier est abandonné, sans surveillance. Exemple: un graffiti
en appelle un autre. A beaucoup influencé la police de quartier:
Foyer sur les incivilités. Le texte suggéré pour
le cours démontre que cette perspective est dépassée
aujourd'hui. Il serait plutôt question de pauvreté et d'efficacité
collective: le niveau de cohésion entre les résidents
au niveau des attentes du contrôle social informel de l'espace public. |
| *Merci à Marc
Ouimet |
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B. TENSION (la
société ne rencontre pas les besoins de tous)
Robert Merton : moins
la pauvreté que le contraste riche/pauvre entre les
quartiers (Social Structure and Anomie, 1968). La culture est consensuelle,
mais fluide et adaptable. Point de vue Durkheimien fonctionnaliste. Tente
d'expliquer le non-respect des règles (qui seraient à la
base de toute société).
Pour Durkheim, les animaux
ont des désirs qui sont limités par la nature, alors que
les humains, qui sont capables d'abstraction, dépassent les limites
naturelles. Nos désirs sont limités par notre culture (par
des règles et par des concepts : on ne peut imaginer à partir
de rien).
Merton note de plus que TOUS
désirent un revenu à peu près 25% plus élevé
que leur revenu actuel. Paradoxe de la société démocratique
: tous, en théorie, peuvent légitimement viser les mêmes
buts. Mais la place au sommet est restreinte. Rappelez-vous ce que nous
avons dit au sujet des Corner Boys
et le problème de la délinquance de la classe moyenne.
Lien avec médias : production d'une image des buts valorisés dans la société
de consommation. Peu sur les moyens disponibles. + « American
Dream » Ray Kroc, Pierre Péladeau.
Lien avec le texte
sur l'agression sexuelle : ce sont
là aussi des attentes frustrées par la réalité
qui sont à la base d'adaptations délinquantes.
Merton découpe la culture
en différents types de normes. Les normes-buts ou aspirations
culturellement valorisées et les normes-moyens ou ressources
institutionnelles qui sont disponibles (par exemple, se donner une éducation,
travailler fort au bas de l'échelle, faire des économies,
etc.). |
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En plaçant
les sociétés-types sur un continuum, on obtiendrait quelque
chose du genre: |
| moyens
BUTS |
moyens
buts |
MOYENS buts |
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| anomie,
chaos |
stabilité
/ évolution |
sclérose
sociale |
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Dans chaque cas, une
proportion variable d'individus seront capables de se conformer aux
deux; pour les autres, les moyens légitimes disponibles ne mèneront pas aux buts recherchés = TENSION (STRAIN).
En cas de tension (ou stress,
ou frustration...), il y a, comme toujours, ADAPTATION.
5 Stratégies, selon
Merton :
1) Conformisme. Continuer d'essayer d'atteindre les buts, persévérer.
La plus commune. Dans plusieurs cas c'est essentiellement une pensée
magique.
2) Ritualisme. Laisser tomber les idéaux, suivre la règle
institutionnalisée.
3) Innovation. Trouver de nouveaux moyens d'atteindre les buts.
Pourront être plus ou moins moraux ou légaux.
4) Rébellion. Juger que le système est mauvais.
Réactions diverses, mais rejet du conformisme légal.
5) Retrait. Laisser tout tomber. Itinérants, populations
marginalisées.
Donc, la criminalité
vient d'une adaptation au différentiel idéaux moyens disponibles
dans une société donnée.
Différence d'avec Miller et les sous-cultures : ici ce sont les
opportunités concrètes données par la société
qui créent une tension, et non des «valeurs» différentes.
À NOTER : Ce n'est
donc pas la pauvreté en tant que telle qui est à
la base du problème, mais bien la proximité conceptuelle
et géographique d'idéaux impossibles à atteindre.
Il est donc question de disparité sociale.
Problèmes avec
cette théorie
1) Dans une société
pluraliste les gens partagent-ils effectivement les mêmes buts?
-- jusqu'à un certain point, oui, retournez voir Sellin
: les immigrants suivent une image de ce qui semble ou est réputé
possible (buts) et n'ont pas nécessairement une idée
claire de ce qui est faisable.
2) le crime est essentiellement utilitaire, pour arriver à des
fins, et des fins assez médiocres et immédiates. Il n'y
a pas de «but» au sens de «valeur» ou d'«idéal».
De plus, qu'en est-il des activités simplement destructrices
des jeunes? Elles servent à quoi? Seraient-elles simplement
un sous-produit de la tension?
3) d'autres sociétés ont les mêmes buts / moyens
sans le même taux de criminalité
-- en fait, la plupart des pays montrant une grande disparité
riches / pauvres ont des taux de criminalité élevés
(ÉU, Amérique du Sud).
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Nuance à la théorie
de la tension :
Richard Cloward
et Lloyd Ohlin : opportunités différentielles.
Opportunités bloquées (perçues comme
étant bloquées, nuance).
Ressemble essentiellement
à Merton, mais au lieu de mettre l'emphase sur l'apprentissage
et la force régulatrice des moyens institutionnels,
ajoutent que les opportunités crées par la
société autrement dit, les chances de réussir
en utilisant un moyen sont plus importantes encore. ATTENTION
: ceci vaut pour les moyens «innovateurs» criminels,
qui eux aussi peuvent ne pas fonctionner : une fois qu'on a décidé
de voler, il faut qu'il y ait quelque chose à voler. Résultat
: il existe des gangs «retraitistes», qui sont peu efficaces
dans leurs activités criminelles et se contentent de poursuivre
des activités marginales (drogues, alcool, sexe, etc.), ex.
punks.
Problèmes
1) opportunités ne sont pas des données objectives.
On peut persévérer malgré la réalité
objective des opportunités existantes.
2) pas d'explication à la délinquance des classes
moyennes.
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