| CRI 1511 DÉLINQUANCE ET FACTEURS CRIMINOGÈNES |
| Session hiver 2002; chargé de cours: Stéphane Leman-Langlois |
| COURS 1: CONCEPTS DE BASE ET PRÉSENTATION DU COURS |
| Présentation générale, méthode pédagogique,
évaluation. Quelques notions de base : qu’est-ce qu’une théorie? La différence entre le normatif et l’empirique. Le principe de rationalité, le libre arbitre et la causalité multi-factorielle. Holisme et individualisme méthodologiques. |
| 1: Le crime n’est pas « multifactoriel » c’est une catégorie légale qui se prête mal à l’approche scientifique et qui donne l’impression de nécessiter diverses explications parce qu’en fait on a amalgamé dès le départ des faits disparates. Par exemple, bien que la catégorie « meurtre » semble homogène juridiquement, il est peu profitable d’élaborer une théorie « multifactorielle » à la suite de la constatation qu’elle contient à la fois des règlements de compte entre motards et des époux qui tuent leur femme quand elle décide de les laisser. Ce sont des faits sociaux différents qui nécessitent des explications différentes. Les théories qui tentent d’expliquer tout (ou, « la délinquance ») ont tendance à occulter ces différences. |
| 2: Qu’est-ce qu’une théorie scientifique? Une théorie est un arrangement des faits qui permet d’en tirer un sens au niveau scientifique, c’est-à-dire d’exprimer une causalité explicative. -- une théorie n’est pas la vérité : elle reste toujours sujette à révision -- une théorie n’est pas une élucubration : elle doit coller aux faits -- une théorie n’est pas personnelle ou locale : dans son cadre de référence, elle doit être vraie pour tout le monde. -- une théorie doit être économe de toute hypothèse ad hoc et de présupposés non analysés, non supportés et extérieurs à la structure explicative. -- un fait est un élément identifié et tiré de la réalité observable ou « empirique »; il ne peut donc exister sans une théorie préalable nécessaire à son identification. |
| 3: Objectivité scientifique -- peut-on viser l’objectivité scientifique en sciences sociales? -- empirique v. normatif = observable, réel v. désirable, « bien » ou « juste ». |
| 4: Rationalité universelle v. « limitée » -- Rationalité aristotélicienne ou scientifique : universelle -- Rationalité économique ou bureaucratique : « règle du 100$ » = efficacité -- Rationalité limitée : l’action est réfléchie, ce qui la sépare du comportement. Par contre, elle est réfléchie à partir d’une perception culturellement donnée de la réalité, de nos capacités et des conséquences prévisibles de nos actions. -- Principe de rationalité : selon le philosophe Carl Popper, ont doit accepter comme axiomatique (indiscutable et ne nécessitant pas de preuve) que l’être humain porte des gestes réfléchis. Ceci laisse entière, toutefois, la question de savoir pourquoi et comment cette réflexion a eu lieu et pourquoi elle a pris cette forme. |
| 5: Holisme et individualisme -- Holisme méthodologique : recherche de la compréhension des faits sociaux dans le fonctionnement de la société, dans les interactions humaines. -- Individualisme méthodologique : recherche de la compréhension des faits sociaux dans l’agir et la pensée de chaque individu. |
| 6: L’élaboration de politiques d’après le savoir scientifique -- Souvent une théorie explicative contient explicitement ou implicitement des recommandations politiques. À l’occasion ces recommandations peuvent paraître injustes, inacceptables, immorales, etc. -- Malgré tout, il faut toujours s’assurer d’évaluer une théorie sur une base interne, c’est-a-dire en mettant de côté toute conséquence politique (v. objectivité, no. 3). -- Attention, ceci ne veut pas dire qu’il faille accepter ces conclusions politiques. L’important est de réaliser qu’il s’agit là d’une différente question, nécessitant une réponse différente. D’ailleurs, il est excessivement rare qu’une théorie ne laisse qu’une possibilité d’intervention (en fait, je n’en connais aucune) – n’en déplaise à certains experts qui ont des solutions miracles à vendre. |
|
|
||